Myriam Alizon présent son magazine À fond !
À la rencontre des sportives

Myriam Alizon crée À fond ! pour « donner envie de lire et de bouger »

Enora Quellec
16.06.2022

Grande reporter pendant près de 15 ans à L’Équipe, Myriam Alizon a décidé d’écrire pour un nouveau public : les enfants ! Elle a imaginé et créé À Fond !, un magazine de sport qui s’adresse aux 7-11 ans. Au sommaire : histoires de sportives et sportifs, explications de gestes techniques, activités ludiques… pour que les enfants aient envie de lire et de pratiquer. La journaliste explique comment elle s’est lancée dans l’aventure.

Les Sportives : Que faisiez-vous avant de créer le magazine À fond ! ?

Myriam Alizon : J’ai passé 14 ans à L’Équipe. J’y suis entrée en 2008 pour les Jeux olympiques de Pékin. Je suis passée par tous les services. J’ai travaillé à L’Équipe junior, un site internet qui a duré quelques mois, puis au magazine L’Équipe, avant d’intégrer le quotidien. Dernièrement, je m’occupais des sports d’hiver et de la natation. J’ai quitté L’Équipe en rentrant des Jeux de Tokyo parce qu’il y avait un plan social et que ça m’intéressait de partir pour justement monter ce magazine de sport.

Myriam Alizon a pensé, créé et écrit le magazine À Fond !

Depuis quand avez-vous l’idée de créer ce magazine ?

Ça fait des années que j’ai cette idée en tête, que je me dis qu’il n’existe pas de magazine de sports pour enfant. Je l’avais proposé en interne à L’Équipe, ça n’a pas fonctionné. Et là il y a pas mal de choses qui ont fait que c’était le moment. Je suis mère de deux enfants en bas âge, la vie de grande reporter n’est pas simple à gérer donc c’était le moment de partir et puis de me lancer dans l’aventure.  

Selon vous, pourquoi n’existe-t-il pas déjà ce type de magazine ?

Je pense que les groupes de presse jeunesse ont eu un peu peur d’aller dans le sport parce que c’est un domaine qu’ils ne connaissaient pas. Souvent, on pense que le sport appartient aux journalistes de sport, mais pas forcément. Je ne me l’explique pas vraiment. Il y a quelques années c’était un peu moins bien considéré de faire du sport. C’était plus prestigieux de créer un magazine d’histoire de l’art. Peut-être que la société évolue un peu, qu’on considère que faire et lire du sport c’est plutôt bon.

Le format du magazine, 60 pages tous les 60 jours, a-t-il évolué depuis le début de votre projet ?

Ça a évolué et ça évoluera peut-être encore. Ma principale exigence est d’avoir du contenu de qualité. Pour lancer le magazine, j’ai monté une société d’édition donc je suis indépendante. Je suis soumise à des coûts de fabrication. Un mensuel pourrait être mieux mais ça demande d’être solide financièrement, d’avoir un groupe derrière. En tant qu’indépendante, le bimestriel était le plus adapté. J’ai donc choisi les 60 pages, qui permettent d’écrire une grande histoire. Je voulais vraiment une histoire longue à lire. Le sport s’y prête et j’adore écrire des histoires sur le sport. 

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Est-ce que créer votre maison d’édition a parfois pu vous faire peur ?

Oui ça fait toujours un peu peur surtout quand on a été salariée toute sa carrière. Quand on monte sa boîte c’est très grisant, très excitant et en même temps très « flippant ». Ce sont un peu les montagnes russes. Je suis seule dans ce projet, je n’ai pas d’associés, ni d’investisseurs… Je prends des risques mais j’avais envie de ça.

Quels sont vos objectifs pour les enfants qui liront le magazine ?

Il y a un peu de tout. L’idée c’est vraiment de les éduquer au sport, les faire lire. Le sport peut être un bon moyen de leur donner l’envie de lire. Le but est aussi de transmettre les valeurs du sport, solidarité, esprit d’équipe, persévérance, plaisir… Et puis les inciter à se bouger un peu, par exemple avec le défi sport ou le geste expliqué par un sportif. Le magazine peut leur faire découvrir des sports comme l’escrime ou le basket 3×3, qui seront dans le premier numéro.

Est-ce que la parité sera importante dans les choix et le traitement des sujets ?

Oui, je me suis fixée comme objectif de traiter autant les sportives que les sportifs. Par exemple, j’ai déjà prévu les six premières grandes histoires et j’ai fait attention de choisir trois garçons et trois filles. J’essaye d’équilibrer pour les posters du magazine. Je sais que ce n’est pas forcément facile, les hommes sont plus médiatisés. Mais je tiens à parler des sportives. J’ai prévu des grandes histoires sur Allisson Pineau, Tessa Worley… Je vais faire en sorte que les deux modèles existent pour les enfants.

Est-ce c’est décisif de montrer, dès cet âge-là, la diversité et la mixité dans le sport ?

Je pense que c’est important. Plus on montrera des sportives, plus les petites filles pourront s’y identifier. Je pensais notamment aux posters. Pour moi c’est important d’avoir un poster dans le magazine justement pour cette identification. Pour que garçons et filles puissent avoir des sportives en photo sur leur mur. Avant, les enfants ont quand même eu des figures de sportives, Laure Manaudou, Amélie Mauresmo… Mais c’est important qu’il n’y ait même pas de débat, de montrer que le sport est pratiqué par les filles et les garçons. Je pense que ça évolue.

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Comment adaptez-vous votre traitement des sujets et votre écriture aux jeunes lecteurs ?

L’idée c’est d’écrire simple. Je pense qu’on peut traiter tous les sujets, il suffit juste d’adapter le ton et le vocabulaire. Je ne m’interdis rien, je peux faire un sujet sur la violence dans les stades ou la mort d’un navigateur… Il s’agit de choisir les bons mots. Ce qui peut être compliqué c’est le jargon sportif, des termes techniques qui ne sont pas forcément connus des enfants. Des petites mascottes interviennent au fil des pages pour expliquer ces mots-là.

C’est Julian Alaphilippe qui sera en une du premier numéro.

Vous avez déjà échangé avec des sportives et des sportifs pour le numéro 0, sont-ils beaucoup à soutenir et participer au magazine ?

Grâce à mes années à L’Équipe, j’ai pu contacter des sportifs. Florent Manaudou, par exemple, je lui ai expliqué que je préparais le magazine et tout de suite il m’a dit oui. Tous ceux avec qui j’en parle me disent que c’est une belle idée. Ce n’est pas pour ça que le magazine sera un succès mais en tout cas le projet est bien reçu par les sportifs, même ceux que je ne connais pas. Samantha Davies, par exemple, était emballée de participer au numéro 1. Pour la contacter, j’ai cette fois pris le circuit classique d’un journaliste qui contacte l’attaché de presse. Globalement j’ai l’impression que le concept plait. Des maîtresses se sont abonnées. J’ai envoyé le magazine à un distributeur qui est intéressé. C’était important pour moi que le magazine ne soit pas vendu que par abonnement mais que quelqu’un qui se balade dans une librairie puisse le découvrir.

Quels sont vos objectifs pour les mois, années à venir ?

J’aimerais atteindre 500 abonnés à la fin de la première année. On perd de l’argent quand on lance un magazine donc l’objectif c’est de perdre de l’argent le moins longtemps possible pour pouvoir pérenniser le magazine. La presse jeunesse est un secteur qui marche très bien mais il y a de grands groupes. Quand on est indépendant il faut plus de temps pour se faire connaître. Dans cinq ans, j’adorerais que À fond ! soit la référence du magazine de sport pour les enfants.

Pour l’instant, êtes-vous la seule à rédiger le magazine ?

Oui, pour l’instant c’est moi qui écris seule le magazine. Une illustratrice, une graphiste, un imprimeur, un secrétaire de rédaction m’aident. C’est important d’écrire les premiers numéros aussi pour donner le ton. Pour le moment, ça me fait plaisir d’écrire et le rythme bimensuel n’est pas aussi soutenu qu’un mensuel ou qu’un quotidien, d’où je viens.

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Votre mode de travail est différent de votre rédaction précédente qui était un grand groupe de presse, est-ce que ça vous plaît ?

C’est totalement différent. En même temps, j’avais aussi envie d’autres choses donc c’était parfait. Il y a évidemment les échanges qui manquent. J’avais des collègues que j’adorais. Mais je m’épanouis dans autre chose. Je suis très contente d’avoir fait 15 ans de grand reporter et je suis très contente de la vie que j’ai maintenant.

Comment convainquez-vous un parent d’abonner son enfant ?

C’est offrir un cadeau original à son enfant et même s’il n’aime pas le sport, ça peut lui donner le goût du sport. L’idée c’est de donner envie de lire et de bouger.

Crédit photos : Myriam Alizon.

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Enora Quellec
16.06.2022

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