EMILIE ANDEOL violences sexistes et sexuelles dans le sport
À la rencontre des sportives

Emilie Andéol « Tant qu’on ne travaillera pas davantage sur l’égalité femmes et hommes dans la société, cela ne suivra pas dans le sport »

La Rédaction
07.09.2020

Emilie Andéol, ancienne athlète de haut niveau, estime que la sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles dans le sport est trop absente. La FNCIDFF a lancé fin 2019 la troisième édition du projet « TouteSport ! » qui comporte un volet de sensibilisation des professionnel·le·s sur les violences sexistes et sexuelles dans le sport dans lequel Emilie Andéol, la marraine s’est engagée. 

 

Une prise de conscience tardive 

« Enfin, on en parle », s’exclame Emilie Andéol, en quelque sorte on met des mots dessus. « Nous ne laissons plus les victimes dans leur coin. J’ai participé à un colloque avec l’association Colosse aux pieds d’argile au cours duquel j’ai été vraiment touchée. Pour ma part, je n’ai pas été victime d’abus sexuels mais de bizutage et de harcèlement. En effet, les allusions sexuelles à répétitions ne sont pas des « blagues ». Concernant le « sexisme ordinaire », il est important de définir les termes, que chacun·e en comprenne la gravité, de mettre des mots dessus car les « blagues potaches », sexistes sont intériorisées par beaucoup de personnes. En effet si on transposait cela dans le monde professionnel, dans lequel des plaintes sont déposées pour harcèlement sexuel dans certaines situations, on ne l’accepterait pas, alors pourquoi dans le judo ou dans le monde du sport en général on l’accepterait. J’ai moi-même intériorisé et laissé passer des choses car on n’a pas tout le temps la possibilité de réagir… »

Quant au contrôle des entraineur·e·s et des bénévoles, Emilie estime que c’est une excellente mesure, et que c’est par ailleurs normal puisqu’on contrôle les enseignant·e·s·. « Le sport est le miroir de ce qui se passe dans notre société. En ce sens, tant qu’on ne travaillera pas davantage sur l’égalité femmes – hommes dans la société, cela ne suivra pas dans le sport. La sensibilisation commence aussi dès l’enfance sur les relations filles – garçons, la place des femmes… afin que pour les générations à venir, cela devienne « normal » pour une fille ou un garçon de faire tel ou tel métier, tel ou tel sport. »

« Dès qu’on passe un diplôme pour être dans l’encadrement sportif, on devrait bénéficier d’une sensibilisation de deux à trois jours, en tout cas d’un module sur ce sujet »

Emilie Andéol n’a elle même pas été informée ni formée lors de son BPJEPS judo. « Dès qu’on passe un diplôme pour être dans l’encadrement sportif, on devrait bénéficier d’une sensibilisation de deux à trois jours, en tout cas d’un module sur ce sujet, pour qu’aucune personne ne se retrouve seule face à des situations de ce type et pour faire en sorte que des personnes de l’extérieur puissent intervenir, pointer ce qui ne va pas, faire une enquête, remonter l’information, alerter les personnes du ministère des Sports et faire en sorte que cela ne se reproduise pas. Il est aussi important de sensibiliser au niveau des pôles sportifs. »

Une prise en main par le Ministère des Sports 

« Il faut que les fédérations s’engagent » sur le sujet des violences sexuelles, a demandé jeudi 13 août sur France Inter la ministre des Sports Roxana Maracineanu, désagréablement « surprise » par les conclusions du rapport sur les violences sexuelles dans le patinage publié le 4 août, qui estime qu’une omerta a été favorisée par la fédération de patinage et que plus d’une vingtaine d’entraîneurs de danse sur glace seraient mis en cause dans des affaires de violences sexuelles, physiques ou verbales. « C’est terrible de découvrir cela dans le sport, ça m’a touché profondément », a réagi Roxana Maracineanu.

Emilie Andéol est plutôt optimiste et salue l’intervention du Ministère. « Effectivement la ministre des Sports a eu le courage d’intervenir sur ce sujet et elle n’a pas lâché, cela n’a pas été simple avec certain·e·s président·e·s de fédération sportive mais elle a eu raison, il faut continuer comme cela, en parler ! » La formation initiale des enseignant·e·s de l’Education Nationale comporte maintenant des modules sur le harcèlement et les violences.

Pour Emilie, ce n’est pourtant pas suffisant : « Il serait temps que cela soit le cas aussi pour les éducatrices sportives et éducateurs sportifs. Mais il vaudrait mieux que ces modules soient proposés aussi dans la formation continue tout au long de la carrière pour en faire un sujet prioritaire. Si l’on n’est pas sensibilisé·e on ne va demander aucune aide, on n’a pas une personne qui intervient, sauf si quelqu’un s’en rend compte, on a honte, on va se cacher et ne rien dire et encore plus en cas d’emprise d’un·e entraineur sur un·e athlète. L’entraineur·e va lui faire comprendre qu’il·elle est indispensable, l’athlète va se sentir glorifié·e parce que d’un coup cette attention il·elle l’aura envers elle·lui et pas envers les autres. Les autres seront jaloux et jalouses, mais ils·elles ne savent pas ce qu’il y a derrière cette attention, ils·elles pensent que l’entraineur·e est toujours là pour l’épauler, la/le faire progresser. Les parents ont tendance à donner le feu vert à l’entraineur·e puisqu’eux-mêmes le ressentent comme une chance, et c’est à partir de là que commence l’isolement et que les problèmes s’aggravent. Une sensibilisation devrait donc être faite en direction des familles. »

 

Propos recueillis en partenariat avec la FNCDIFF 

Pour plus d’information : toutesport@fncidff.fr

La Rédaction
07.09.2020
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