À la rencontre des sportives

Chloé Trespeuch, en quête de Cristal

Marie Thimonnier
27.01.2023

La double médaillée olympique de snowboardcross Chloé Trespeuch porte le dossard jaune de leader de la Coupe du Monde depuis décembre. Elle dévale les pentes, avec l’objectif de soulever le globe de cristal cette année et de performer aux Mondiaux organisés en Géorgie, en mars.

Le 16 décembre 2022, Chloé Trespeuch, en bleu, enchaîne les virages et les sauts en tête, sans jamais céder d’espace à ses trois adversaires du jour. Elle franchit la ligne devant, exulte dans un large sourire avant d’enlacer sa coéquipière en équipe de France, Manon Petit-Lenoire, qui prend la seconde place. Une éclaircie tricolore dans le ciel italien de Cervinia, où était organisée la deuxième étape de la Coupe du Monde de snowboardcross. 

 

Dès le début de la saison, la snowboardeuse de 28 ans annonçait vouloir aller chercher le classement général – où elle finissait troisième l’an passé – et décrocher des victoires. Dès la première étape aux Deux-Alpes, début décembre, le ton était donné. Elle décroche l’argent. Et par la même occasion, un 27e podium, pour seulement trois victoires dans sa carrière. « Il me manque souvent un petit détail, un petit truc en plus, peut-être mentalement, pour aller jusqu’au bout de l’effort », questionne-t-elle alors. En allant chercher sa première victoire de la saison en Italie, peut-être a-t-elle enfin trouvé le déclic. Elle glisse désormais avec le maillot jaune de leader sur le dos et l’esprit conquérant. Sa quête de cristal est lancée. 

 

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Il faut donner aux femmes la liberté de choix.

Aux Jeux olympiques, la Française remporte le bronze en 2014, à seulement 20 ans, puis grimpe une marche plus haute à Pékin en 2022, où elle décroche la médaille d’argent. Entre les deux, la championne a gagné en maturité et en expérience. « En 2014, la saison post-olympique a été difficile. J’étais jeune, je me sentais attendue et je me suis mis la pression pour confirmer en 2018. En 2022, j’avais travaillé en amont sur la préparation mentale. Une fois que j’ai compris que je pouvais me remettre après un échec, j’y suis allée plus relâchée », se confie-t-elle un an plus tard. Si le résultat est au rendez-vous, Chloé Trespeuch reste solide sur ses appuis. Son parcours en témoigne, rien n’est jamais acquis. « Chaque compétition est un nouveau départ sans a priori, les compteurs sont remis à zéro. On a toutes une nouvelle chance. » La snowboardeuse est une compétitrice dans l’âme, elle vibre pour les challenges. « Je ne suis jamais très bonne aux entraînements, parce qu’il n’y a pas d’enjeu. Ce n’est qu’en compétition que j’arrive à me dépasser », sourit la sportive de la FDJ Sport Factory, qui confesse « ne pas aimer la routine ».

Faire passer des messages

Chloé Trespeuch

Chloé Trespeuch. Source : KMSP/Philippe Millereau

Chloé Trespeuch grandit à Val Thorens, dans une famille de snowboarders ; son père et son frère pratiquaient. Elle admire Karine Ruby, la première championne olympique de snow en 1998, à Nagano et ses 67 médailles en Coupe du Monde. La piste semble toute tracée. Quand on l’interroge sur ce qu’elle aime dans son sport, elle répond : « Le fait d’être dans un parcours, 4 par 4, la confrontation directe avec les adversaires qui sont à côté… Je trouve ça super excitant ! » Elle corrobore ses propos en citant un mélange de sensations : « L‘adrénaline, la vitesse, les virages, les sauts. » Un sport qu’elle aimerait partager et populariser, pour « le faire sortir de l’ombre », précise-t-elle. Et comme il est mixte (mêmes compétitions, mêmes prize money pour les hommes et les femmes), elle espère voir des jeunes filles suivre sa trace. « Il faut donner aux femmes la liberté de choix. Celles qui veulent faire un sport beau, artistique, elles le font et celles qui ont envie de faire un sport plus violent, comme le snow, elles ne doivent pas être bloquées par des attentes de la société », argue-t-elle. 

Trail, ski de fond, randonnée, tennis… Elle s’essaie à tous les sports, avec une affinité particulière pour ceux qui se pratiquent en extérieur. La montagne reste son repère. Chloé Trespeuch supporte difficilement de voir disparaître la neige qui la recouvre l’hiver, sous l’effet du réchauffement climatique. « Quand on fait un sport de montagne, on est encore plus conscient du changement. D’année en année, on constate que les glaciers fondent à vue d’oeil. Ça donne envie d’agir encore plus. » La sportive de la FDJ Sport Factory s’est engagée en fondant en famille une association, Ecoglobe, pour sensibiliser à la préservation de l’environnement. Si elle se reconnaît « loin d’être parfaite », car elle prend régulièrement l’avion pour se rendre sur ses lieux de compétition, Chloé Trespeuch explique agir pour la planète par « des petits gestes du quotidien ». « En tant que sportif, on a un peu de notoriété, donc on peut essayer de faire passer des messages positifs sur l’environnement pour avoir plus d’actions collectives. » L’écologie pourrait être une porte de reconversion pour la jeune femme, qui a récemment repris ses études en licence à Sciences Po Paris, dans un programme dédié aux sportifs et sportives de haut niveau, dont la FDJ est partenaire. En attendant de prendre un nouveau virage, elle dévale les pentes à toute vitesse, motivée par les Jeux de Cortina d’Ampezzo en 2026 et l’envie d’aller décrocher (enfin) l’or olympique.

Propos recueillis par Marie Thimonnier

 

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