À la rencontre des sportives

Sabine Guillien : « Je ferais tout pour sauver Fleury Loiret Handball »

Lauriane Kieller
29.09.2022

La nouvelle a créé un séisme dans le handball français : mercredi 14 septembre, le club de Fleury Loiret Handball faisait le point sur ses difficultés financières et le pire est à craindre. Les dirigeant·e·s doivent trouver 150 000 euros d’ici le 30 septembre, sous peine peut-être de disparaitre du milieu professionnel. À quelques jours de l’échéance, rencontre avec Sabine Guillien, présidente du club.  

Les Sportives : Comment est la situation du Fleury Loiret Handball depuis 15 jours ? 

Sabine Guillien : On a l’épée de Damoclès au-dessus des têtes. L’échéance est le 30 septembre. On continue la démarche auprès des partenaires privés. On a voulu ouvrir une cagnotte, mais c’est compliqué juridiquement. On a eu quelques échos de la part de la métropole d’Orléans, mais je n’ai toujours rien de concret en retour. Aujourd’hui, tant que je n’ai pas la signature en bas à droite, rien n’est fait. Avec Anthony Tahar (NDLR, manager général du club), on a fait toutes les démarches possibles. Les clés sont dans les mains du président du tribunal de commerce.

Je reste toujours symboliquement positive parce que sinon, ça fait longtemps que j’aurais déposé les clés. Pour moi, c’est juste inconcevable de laisser tomber Les Panthères du Fleury Loiret Handball. On a jusqu’à vendredi, donc on va se battre jusqu’à vendredi !

« J’ai vraiment tout vécu avec ce club. »

En tant que présidente, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis partenaire du club depuis 2002, donc j’ai vécu les bons moments et les moins bons moments. Quand Jean-Pierre Gontier (NDLR, ancien président du club) avait décidé de poser les clés, tout le monde s’était tourné vers moi. J’avais dit non pour raisons personnelles et professionnelles. Par la suite, j’ai accepté ce challenge parce que c’est le cœur qui a parlé ; je suis ancienne handballeuse.

L’année dernière, on a accumulé tous les soucis en même temps : entre les blessées, perdre des matchs bêtement d’un but, les subventions, les votes qui ne se font pas à la Métropole et des partenariats qu’on aurait dû signer… Le Covid aussi revenait, donc les partenaires ne s’engageaient pas. J’ai vraiment tout vécu avec ce club.

Je suis quelqu’un de foncièrement optimiste, donc j’y crois toujours. On parlait du rôle des femmes, je suis une femme présidente donc évidemment on m’attend au détour, sur chaque fait et geste, chaque parole. Je ne suis pas sûre que si le président était un homme, il serait traité de la même façon. Je suis un peu la femme à abattre et on m’épargne absolument rien. Et quand je dis rien, c’est rien ! J’en ai entendu : « Je suis la pire présidente de tous les temps », « Je ne sais pas gérer parce que je suis une femme », « Je suis nulle », « Je n’ai pas les bonnes joueuses ». Je l’ai toujours dit, et je l’ai redit en conférence de presse il y a quinze jours : je suis bénévole avant tout. Je ne suis pas payée pour être présidente du FLH. Je le fais avec passion et je le fais parce que je veux sauver ce club qui le mérite. Je le fais parce qu’il y a eu des présidents avant que ce soit Jean-Pierre Gontier ou Marie-Odile Mailly qui ont œuvré pour ce club, et que derrière il y a des bénévoles, il y a des partenaires. Par respect pour eux, je ferais tout pour sauver Fleury Loiret Handball.

« J’aurais été présidente d’un club masculin, j’aurais fait la même chose. »

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En tant que femme et présidente, que représente pour vous la direction d’un club professionnel féminin ?

Avec Daniel Villain (président de la Ligue Centre-Val de Loire de Handball), on a constaté qu’il y a très peu de femmes présidentes de club. C’est à déplorer, mais c’est vrai que c’est un engagement. On a notre métier, notre vie personnelle et notre vie familiale. Dans mon métier, j’ai toujours travaillé avec des hommes, donc pour moi il n’y avait pas de différence à voir. Si j’avais été présidente d’un club masculin, j’aurais fait la même chose. C’est la passion du sport avant tout et je considère, que ça soit le hand ou n’importe quel autre sport, qu’on fait partie du paysage et du territoire. Un territoire qui rayonne aujourd’hui par ses entreprises, par son tourisme, mais aussi avant tout parce qu’il y a le sport qui est mis en avant.

Comment se sentent les joueuses vis-à-vis de cette situation ?

Avec le manager général et l’entraîneur Christophe Cassan, on a décidé de les préserver au maximum. Bien évidemment, elles ont les réseaux sociaux et autres, donc elles ouvrent le fil d’actualité et le titre c’est « Fleury-les-Aubrais tout le monde descend » et elles se font un peu assassiner indirectement par des journalistes… On va dire que c’est le métier des journalistes, et bien une fois de plus je ne suis pas sûre que certains se permettraient les mêmes écrits sur des joueurs masculins. Mais ça, c’est encore une fois un état d’esprit. Elles ont vécu une saison cauchemardesque l’année dernière, avec énormément de blessées et après ça certaines sont restées au club, certaines sortent du centre de formation. Je crois beaucoup au centre de formation, pour moi c’est l’avenir d’un club. Le centre n’est pas juste là parce qu’il faut l’avoir, donc que ce soient les joueuses du centre de formation ou que ce soit les joueuses professionnelles de la D2, on leur a expliqué la situation.

On a eu des départs parce que certaines joueuses voulaient encore jouer dans des équipes nationales. Elles doivent jouer au plus haut niveau. Aujourd’hui, c’est une équipe jeune, une équipe motivée. Elles connaissent la situation, on ne leur cache rien mais par contre on les préserve. On leur a demandé une seule chose, c’est d’être focus sur l’entraînement et sur leurs matchs.

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Est-ce que depuis l’annonce dans les journaux, il y a eu des dons ou de nouveaux partenaires qui se sont manifestés, particuliers ou privés ?

Effectivement, on a eu des demandes de particuliers. La problématique c’est de créer une cagnotte quand on est en société, c’est un problème juridique qu’on est en train de regarder. On a des sociétés qui n’étaient pas partenaires qui nous ont fait un versement pour finir la saison et devenir partenaire.

Donc oui il y a eu un élan. Je ne remercierai jamais assez les gens qui ont partagé leur soutien dans leur réseau. Cléopâtre Darleux nous a apporté son soutien, ce qui très important, Thierry Weizman aussi, le président de Metz Handball. C’est là où on ressent que finalement le handball féminin est une grande famille et qui a un élan de soutien. 

Crédit photo : Fleury Loiret Handball

« Je pars du principe qu’une joueuse doit être impliquée sur son territoire »

Si les fonds n’arrivent pas pour le 30 septembre, comment ça va se passer concrètement pour le club et les joueuses qui sont sous contrat ?

Aujourd’hui, je suis incapable de vous répondre. Les clés sont dans les mains du président du tribunal de commerce et c’est lui qui décidera de la destinée du Fleury Loiret Handball et de ses salarié·e·s. Si le 30 septembre on n’a pas les solutions ni les garanties nécessaires, je ne sais pas du tout vers quoi il va s’orienter. Je dois vous avouer que je suis incapable de vous le dire.

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Fleury Loiret Handball reste un club historique de la LFH, c’est un club reconnu sur le plan national et international. À quoi est due cette renommée ?

Vingt ans à haut niveau ! Ça reste un club historique et notamment dans notre centre de formation qui est connu et reconnu. On l’avait rappelé en conférence de presse : parmi toutes les joueuses qui sont passées par le centre de formation, il y a beaucoup et beaucoup de joueuses renommées*. C’est vrai que régulièrement si vous regardez un match de Coupe d’Europe ou un match de championnat, souvent sont citées des joueuses qui sont passées par Fleury Loiret Handball.

C’est un club qui doit perdurer et qui va rebondir parce qu’on écrit l’histoire et qu’on est ancré sur le territoire. Je pars du principe qu’une joueuse doit être impliquée dans son club et sur son territoire. On va retravailler avec les reconversions des joueuses. Elles ont un suivi pour leur parcours scolaire, c’est important de s’épanouir et de surtout penser aussi à ses études parce qu’évidemment, toutes les joueuses veulent devenir professionnelles. Je leur souhaite à toutes d’aller le plus loin possible, mais on sait très bien qu’à un moment donné ça s’arrête. C’est hyper important de travailler ce rôle : réussir en tant que joueuse, mais aussi d’être intégrée dans la société et s’épanouir en tant que femme.

Propos recueillis par Lauriane Kieller 

*Bertille BETARE, l’orléanaise Véronique DEMONIERE, Manon HOUETTE, la chartraine Laura KAMDOP, Laurisa LANDRE, Julie FOGGEA, Koumba CISSE, Mélissa AGATHE, Aïssatou KOUYATE, Wendy OBEIN, Armelle ATTINGRE, Oriane ONDONO ou encore la vierzonnaise Diankenba NIANH, et plus récemment Suzanne WAJOKA, l’orléanaise Mélina PEILLON ou l’abraysienne Justicia TOUBISSA ELBECO.

Lauriane Kieller
29.09.2022

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