donnons des elles au vélo
À la rencontre des sportives

Claire Floret « Nous entrons dans une nouvelle ère pour le cyclisme féminin »

Mejdaline Mhiri
27.07.2020

Depuis cinq ans, des femmes se battent pour que le Tour de France puisse (enfin) être accessible à toutes, à travers le projet « Donnons des elles au vélo ». Treize cyclistes, toutes amatrices, précèdent de vingt-quatre heures les professionnels masculins sur les routes de France. Soit 3500 kilomètres, en trois semaines, avec des moyens réduits. Claire Floret, professeur d’EPS, incroyable battante et principale instigatrice de l’événement, nous parle de l’édition 2020 qui se déroulera exceptionnellement du 29 juillet au 20 août.

 

La crise sanitaire a-t-elle bouleversé votre organisation ?

Claire Floret : « Cela a compliqué les choses, oui. Comme les dates du Tour ont changé, nous nous sommes questionnées sur le maintien de notre opération. En septembre, nous aurons toutes repris le travail. A ce moment-là, le soleil se couchera plus tôt et comme nous sommes plus longues sur les étapes, cela a son importance. Pour garder un lien avec la course masculine, nous effectuerons le Tour exactement un mois avant eux. Alors que nous devions être quinze dans l’équipe, deux étrangères ne pourront finalement pas être présentes. La Canadienne qui faisait partie de notre groupe a dû annuler car son employeur s’y opposait. »

 

« Quand on vient courir sur les courses masculines, on n’entend pas ce qu’on entendait il y a cinq ans. »

Claire Floret donnons des elles au vélo

 

Etes-vous parvenus à conserver le soutien de vos partenaires malgré tout ?

« Oui, ils nous ont renouvelé leur confiance pour 90% d’entre eux ! Les collectivités qui souhaitent nous aider sont de plus en plus nombreuses. Tout le monde s’empare de notre message. Malgré la crise, notre partenaire principal, la FDJ, nous a assuré de son soutien. Nous n’aurions pas pu maintenir l’événement sans cela. Nous allons pouvoir pratiquer en peloton, sans distanciation physique, comme le stipule les protocoles de la FFC (Fédération Française de Cyclisme). Il était impératif de maintenir le côté populaire de notre action et son développement en invitant les gens à rouler avec nous. Notre projet n’a de sens qu’à partir du moment où il fédère. »

 

Chacun(e) peut vous rejoindre durant le Tour ?

« Tout à fait. Nous clôturons les inscriptions à 16h, la veille de chaque étape avec 35 places pour les femmes et 35 pour les hommes. On a été très agréablement surpris de voir l’engouement malgré le contexte. Quand on a lancé les inscriptions, il y a eu 300 inscrits en 24 heures. L’année dernière, environ 1500 personnes nous avaient rejoint. Nous en sommes à 600 inscrits aujourd’hui (NDLR mercredi 22 juillet) et de nombreuses personnes le font au dernier moment. »

« La reconnaissance de nos efforts est de plus en plus palpable. » 

Vous êtes plus longues sur les étapes mais comment se passe votre récupération ?

« Lorsque nous arrivons dans une ville, nous nous répartissons les rôles. Le staff s’occupe de ranger le matériel tandis que nous échangeons avec les élus qui nous reçoivent. C’est crucial de discuter avec les personnes qui prennent les décisions. Nous avons aussi la chance d’avoir cinq kinés et ostéos qui s’occupent des massages. Mais nous privilégions parfois le sommeil aux soins, notamment sur les étapes de montagnes ! »

 

Donnons des elles au vélo

Copyright : Mickael Gagne photographies

Entre le retard dans la communication du calendrier féminin par l’UCI, puis l’annonce de la création du Paris-Roubaix pour les féminines, il y a eu pas mal de rebondissements ces dernières semaines dans le vélo…

« D’un point de vue global, les choses évoluent positivement depuis cinq, six ans. Les courses masculines ont davantage leur pendant féminin, tout comme les grandes équipes. Les femmes se sont emparées du sujet. Elles ont travaillé à leur propre intégration. Les cyclistes amatrices prennent aussi la parole, on se serre les coudes. La reconnaissance de nos efforts est de plus en plus palpable. Avant, seuls les partenaires militants s’associaient à nous. Désormais, ils voient un réel intérêt économique à nous sponsoriser.»

 

Est-ce à dire que la bataille est gagnée ? Mi-juillet, la cycliste amatrice Julie Dremière racontait sur les réseaux comment un homme, furieux de se faire dépasser par une femme, avait quasiment fait un malaise pour repasser devant elle…

« Les mentalités changent, mais doucement… Plus on verra des femmes pros à la télévision, moins ce sera un problème. Avant, dès qu’on doublait un homme, il y avait des réflexions. Plus maintenant. Même si, à la marge, il y a encore des mecs qui ont du mal avec ça. Ils ont dû être élevés avec cette idée qu’ils devaient être très forts et courageux, davantage que les femmes. Mais la tendance va dans le bon sens. Quand on vient courir sur les courses masculines, on n’entend pas ce qu’on entendait il y a cinq ans. ASO (NDLR l’organisateur du Tour) a annoncé une course féminine par étape pour 2021. Cela se fera plutôt en 2022 pour des raisons de calendrier. Nous veillerons à ce que ce soit bien le cas, pour maintenir cette dynamique positive. Nous entrons dans une nouvelle ère pour le cyclisme féminin. »

 

Pour suivre l’actualité de « Donnons des elles au vélo », rendez-vous sur https://www.donnonsdeselles.net/  et sur www.lessportives.fr 

Pour rouler avec elles sur une étape : https://ddeav.epinix.net/.

 

Dans le cadre de son programme d’actions Sport Pour Elles, FDJ soutient et encourage les championnes, et agit pour donner envie à toutes les femmes de pratiquer une activité sportive
et faire évoluer les mentalités. Et cela passe aussi par les encadrants.
Mejdaline Mhiri
27.07.2020
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