Alicia Toublanc a participé à son premier mondial avec l'équipe de France
À la rencontre des sportives

Alicia Toublanc : « Je savoure la médaille d’argent, on est vice-championnes du monde quand même ! »

Claire Smagghe
28.12.2021

Alicia Toublanc revêtait pour la première fois le maillot bleu lors du Mondial 2021 de handball qui s’est disputé en Espagne. La handballeuse du Brest Bretagne Handball a convaincu pour ses débuts en équipe de France. Elle revient sur cette expérience nouvelle et sur le match fou perdu contre la Norvège. Entretien. 

Les Sportives : Vous avez vécu votre premier Championnat du monde sous le maillot bleu. Quel bilan faites-vous de cette compétition ?

Alicia Toublanc : Globalement, ça a été une expérience hyper forte, surtout émotionnellement. Physiquement, on a vécu des choses folles aussi. Lors d’une compétition comme celle-ci (les championnats du monde de handball, NDLR), il faut encaisser un match tous les deux jours. On apprend énormément. C’est aussi beaucoup de fierté d’avoir fait cette compétition. Il y a vraiment trop de choses qui se bousculent. Vraiment, le sentiment qui prédomine, c’est la fierté. C’est aussi beaucoup de bonheur d’avoir remporté cette médaille.

Vous avez intégré un collectif déjà très soudé, d’autant plus depuis le titre de championne olympique. Comment s’est passée votre intégration dans l’équipe ?

L’intégration s’est bien passée. On était quelques nouvelles et tout a été fait pour qu’on se sente bien dans le groupe, à l’aise et que l’on puisse s’exprimer au mieux. Même sur le terrain, les plus anciennes donnaient souvent des petits conseils par rapport au placement, aux enclenchements et systèmes que l’on a mis en place. On a été guidées avec l’équipe. Cela facilite beaucoup d’être entourée par un groupe comme cela.

Après votre victoire contre le Danemark en demi-finale, alors que le match semblait vous échapper pendant plus de 50 minutes, plus rien ne semblait pouvoir stopper l’équipe de France. Dans quel état d’esprit étiez-vous après cette victoire contre les Danoises ?

La victoire contre le Danemark, c’était un scénario incroyable. On était vraiment mal embarquées. Finalement on arrive à sortir avec la victoire et on se qualifie pour la finale. On sait donc, à ce moment-là, que l’on va repartir avec une médaille autour du cou à la fin de la compétition. Et là, ça explose. Nous étions tellement heureuses parce que l’équipe du Danemark était franchement exceptionnelle. Ça ne s’est joué à rien. On était tellement fières d’avoir fait ce résultat-là.

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Alicia Toublanc célèbre la victoire de la France contre la Suède lors du mondial de handball

Alicia Toublanc célèbre la victoire de la France, en quart de finale contre la Suède, lors du Mondial 2021 de handball en Espagne. ©Hugo Pfeiffer/Icon Sport

En finale, la médaille d’or semblait vous tendre les bras pendant les 25 premières minutes. Vous aviez même compté jusqu’à sept longueurs d’avance. Puis la Norvège a grapillé dans les dernières minutes avant la mi-temps. Qu’est ce qui s’est dit dans le vestiaire ?

Dans le vestiaire, on s’est dit de ne rien lâcher, de se donner à 200 % car on savait ce dont était capable l’équipe norvégienne. Bien sûr, cela ne s’est pas passé comme on le voulait. Mais je pense que, pour autant, on n’a pas lâché. On a donné tout ce qu’on avait à donner. Ce sont elles aussi qui ont retrouvé leur handball. On a réussi à les faire déjouer pendant 25 minutes. Déjà à la fin de la première mi-temps, on sentait qu’elles commençaient à revenir dans le match. Finalement, derrière, ce sont elles qui nous font déjouer en nous faisant perdre beaucoup de ballons. On rate énormément de tirs donc on ne se relance pas et on n’arrive pas à revenir dans le match. 

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En ce qui vous concerne, vous sembliez plutôt libérée en première mi-temps. En deuxième période, vous avez montré un autre visage en ratant plusieurs occasions devant le but mais aussi en prenant une pénalité de deux minutes sur une erreur grossière. Comment est-ce vous expliquez une telle différence de posture ?

Je ne comprends pas trop non plus. Quand je prends mes deux minutes, moi-même je me suis demandée si ce que je venais de faire était vraiment vrai. Je ne sais pas si c’est parce que je me suis retrouvée perdue dans ce match fou et que je n’ai pas réussi à gérer ce moment, ou alors… vraiment, je ne sais pas. Pourtant, je ne me suis pas dit que le match était perdu, j’y croyais encore. C’est vraiment difficile d’expliquer ce qu’il se passe à ce moment précis. 

Avec un peu de recul désormais, comment analysez-vous la difficulté de l’équipe de France à revenir dans la partie quand la Norvège recolle au score puis prend le large en seconde mi-temps ?

On a quand même essayé d’y aller. On a eu énormément de solutions de tirs, des contres-attaques, des décalages et des solutions. La gardienne nous fait ressortir du match à chaque fois. Quand on trouvait des solutions, elle nous empêchait de les concrétiser. Sur le terrain aussi les joueuses nous mettaient en difficulté, mais c’est vraiment la gardienne qui nous a un peu écœurées. On peut dire qu’elle est rentrée dans notre tête, elle a été monstrueuse. Elle a pris l’ascendant sur l’équipe. À la fin il y avait moins de tirs de pris. Est ce qu’il y avait une forme d’appréhension ? Je ne sais pas si c’est cela. C’était le neuvième match, la deuxième mi-temps, de la fatigue s’accumulait. C’était peut-être un peu difficile de remobiliser à ce moment-là.

Cette médaille d’argent a-t-elle la même saveur pour les nouvelles qui, comme vous, ont intégré le collectif pour la première fois, et pour celles qui rêvaient du doublé Jeux olympiques – Championnat du monde ?

Chaque fille le vit différemment. Chaque fille a sa propre histoire. Pour moi, c’est une première compétition. Il y a eu un vrai moment de frustration avec cette défaite contre la Norvège. Mais je savoure la médaille d’argent, on est vice-championnes du monde quand même ! Puis après, on se dit qu’on va peut-être réintégrer le groupe pour une autre compétition. Pour celles qui ont vécu les Jeux olympiques, j’imagine que le doublé aurait été vraiment magique car très peu d’équipes ont réussi à le faire. C’est surement plus dur à digérer pour les championnes olympiques de ce point de vue là.  

Propos recueillis par Claire Smagghe

Crédit photo : Hugo Pfeiffer/Icon Sport

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