Dossier

Emmanuel Mayonnade : « Il est rendu terriblement complexe pour une femme sportive de haut niveau de faire un enfant »

La Rédaction
27.01.2020

Jeudi 23 janvier, la Sports Management School et Les Sportives, organisaient une conférence au sujet de « Sportives de haut-niveau existe-t-il le droit d’être mère ? »  L’occasion de mettre le doigt sur un sujet prégnant, voir tabou, en France alors que les championnes n’hésitent désormais plus à faire des bébés pendant leur carrière. 

Les Sportives est allé à la rencontre d’Emmanuel Mayonnade, entraineur de l’équipe de Metz Handball et entraineur de l’équipe nationale des Pays-Bas féminine de handball. Détresse, déception, incompréhension, il se livre : « Il y a un accompagnement de mauvaise qualité pour les sportives désireuses de faire un enfant ainsi que pour les clubs face à la situation.»

 

« Il est rendu terriblement complexe pour une femme sportive de haut niveau de faire un enfant, » commence Emmanuel Mayonnade. « Cela fait 15 ans que j’entraîne en première division féminine et j’ai eu la responsabilité de seulement 4 joueuses maman. Autant dire que cela représente un très faible pourcentage des licenciés en LFH. Et je suis presque sûr d’être pourtant l’un des entraîneurs ayant entraîné le plus de « maman » ».

En effet, les championnes n’hésitent désormais plus à faire des bébés pendant leur carrière. On citera dans ces « mamans sportives en activités » : Camille Ayglon-Saurina, Laura Glauser mais aussi Amandine Leynaud et Cléopatre Darleux.

Pourtant, les joueuses ne sont malheureusement protégées de rien par rapport à leur désir et à leur volonté d’avoir un enfant. Emmanuel Mayonnade explique : « Pour Laura Glauser, dans la relation employeur-employée, les choses se sont globalement bien passées, c’est une star dans son domaine, elle jouait à Metz Handball pour un salaire bien inférieur à son statut et à sa compétence et il était donc difficilement envisageable que quelqu’un en interne s’oppose à cela, d’autant plus qu’elle était dans la structure depuis 8 ans. »

 

Une sportive qui devient maman, un coût pour un club

Même si la structure a été exposée sportivement dans son incapacité à trouver une solution satisfaisante pour maintenir un niveau sportif cohérent, Emmanuel Mayonnade a du tirer les ficelles pour maintenir son équipe : « Mon président m’avait demandé d’anticiper la possible absence de Laura et de trouver ainsi des jokers médicaux qui pourraient prendre sa place. Sauf que je ne savais pas le moment où Laura tomberait enceinte. Elle avait mentionné sa volonté à la fin de la saison 2016-2017 vers mai 2017.
J’ai donc cherché, trouvé, mais sans pour autant pouvoir officialiser des contacts et donc j’ai laissé passer pas mal de dossiers avant que Laura ne soit finalement enceinte rapidement, en octobre, condamnant alors toute possibilité de trouver une joueuse de bon niveau dans les temps. Nous avons, au passage, dû essuyer quelques critiques dans l’environnement club sur le fait que nous n’avons pas su anticiper la grossesse et donc l’arrêt de Laura, et que nous n’avons donc pu trouver de bonnes gardiennes pour la remplacer. De façon basique, les gens ont demandé pourquoi alors n’avons-nous pas pris une troisième gardienne pour commencer la saison. Sauf que nos moyens sont limités. Et que si Laura ne tombait pas enceinte rapidement, il ne nous serait pas possible de payer 3 gardiennes sur toute une saison. »

« Les meilleures joueuses trouveront toujours une solution au regard de leur compétence, contrairement à d’autres joueuses d’un autre niveau. »

Une volonté de devenir mère non favorisée et inégale

Mais Laura Glauser, n’est pas un cas isolé. « L’âge peu avancé de Laura semblait aussi nous assurer un retour à la compétition assez rapide, sans grande difficulté, ce que Laura nous démontre en ce moment d’ailleurs. Mais une autre joueuse, qui nous avait fait part de son désir d’avoir un enfant, n’a pas pu reconduire son contrat pour cette raison. La joueuse en question n’est pas au club depuis longtemps et elle a un âge où le retour à la compétition peut être plus délicat. Franchement là encore les discussions n’ont pas été simples. Je trouve vraiment qu’il y a un accompagnement de mauvaise qualité pour les sportives désireuses de faire un enfant. Je pense que les meilleures joueuses trouveront, malgré tout, toujours une solution au regard de leur compétence. En revanche, c’est plus complexe pour les joueuses « moyennes » du championnat, ou les plus vieillissantes, ou les joueuses en fin de contrat. »

 

Propos recueillis par Aurélie Bresson 

 

 

La Rédaction
27.01.2020