Le statut des joueuses de rugby remis en cause
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Le statut des joueuses de rugby remis en cause

AB
12.11.2020

Après la suspension du championnat Elite 1 féminine, et l’annulation des trois derniers matches du tournoi des Six Nations féminin, le statut des joueuses de rugby est remis en cause.

Le comité d’organisation du Tournoi des Six Nations a annoncé ce mardi l’annulation des derniers matches du tournoi féminin, dont le France contre l’Irlande. « Cette décision fait suite aux récentes restrictions des gouvernements et autorités sanitaires contraignant la préparation des équipes, les déplacements et l’organisation des rencontres pour la fin du tournoi des Six Nations féminin 2020 », a précisé le communiqué de la Fédération française de rugby (FFR).

« Au niveau mondial, le statut amateur prime encore chez les femmes »

Tandis que les garçons sont allés au bout de leur compétition, les questions se posent. Pourquoi eux mais pas elles ? Et les réponses se trouvent directement dans les statuts. Les joueurs de rugby possèdent le statut de professionnels, tous salariés de leurs clubs respectifs. Par conséquent ils n’ont pas besoin de travailler à côté ou d’organiser leurs agendas pour pouvoir jouer sous les couleurs de leur pays. Du côté des femmes, c’est une toute autre histoire puisqu’au niveau mondial, très peu d’équipes nationales féminines se composent de joueuses professionnelles. “Au niveau mondial, le statut amateur prime encore chez les femmes. Mais petit à petit, les fédérations commencent à développer des contrats pour leurs joueuses car ils se rendent compte de la difficulté pour elles de devoir gérer leur carrière professionnelle et sportive”, confiait Laura Di Muzio, joueuse au Lille Métropole Rugby Club Villeneuvois, consultante pour France Télévisions et co-fondatrice de l’agence LJA Sports, aux confrères de France TV.

Hormis les Françaises, les Anglaises, les Néo-Zélandaises et les Écossaises, les autres grandes nations du rugby sont encore considérées comme ayant le statut amateur. “Ce sont des grosses nations qui ont pris le pas, mais même au sein de celles-ci, toutes les joueuses n’ont pas le même statut”, ajoutait Laura Di Muzio. En France, en 2018, la Fédération française de rugby a été dans les premières au niveau mondial à franchir le pas de reconnaissance professionnelle des joueuses : dans le XV de France, elles sont 30 à être sous contrat semi-professionnel, ce qui représente 75% de l’équipe. 

« N’ayant pas le statut de professionnelles, il était impossible pour les joueuses de s’isoler, puisqu’elles travaillent à côté de leur carrière sportive. »

Alors que les équipes masculines, irlandaises et françaises, ont pu s’affronter dans le cadre du Tournoi des Six Nations sur le sol français, leurs homologues féminines ont dû y renoncer. Le gouvernement irlandais a en effet, fin octobre, reconfiné sa population afin de lutter contre la propagation de la Covid-19, dont les courbes repartaient à la hausse. En plus des mesures restrictives très strictes sur le sol irlandais, les autorités ont aussi imposé une quatorzaine à toutes personnes revenant d’un pays n’étant pas sur la liste verte. La France n’en faisant pas partie, les joueuses irlandaises, qui devaient se déplacer au Stadium de Villeneuve d’Ascq pour ce dernier match des Six Nations, auraient donc dû elles aussi rester à l’isolement à leur retour. Toutefois, n’ayant pas le statut de professionnelles, il leur était alors impossible de s’isoler, puisqu’elles travaillent à côté de leur carrière sportive. Le problème des statuts est donc réapparu. 

Mais la question de la différence de statut n’a pas seulement touché l’équipe de France. En effet, si les sportifs professionnels et de haut niveau peuvent continuer de s’entraîner lors du deuxième confinement, pour les sportifs professionnels mais ayant le statut amateur comme les joueuses évoluant en Elite 1 féminine, la situation est toute autre comme une situation d’entre deux. “Tous les amateurs ont dû s’arrêter, les professionnels ont pu continuer mais nous, nous sommes dans un entre-deux, et on a l’impression que ça importe peu”, déplorait Laura Di Muzio.

Un cercle sans fin pour ses joueuses, qui ne peuvent aujourd’hui plus exercer le rugby comme elles l’entendent, et même si une reprise du championnat était envisagée, le niveau serait il présent ?

Bien consciente que la santé est la priorité absolue, l’important est donc de se faire entendre selon Laura Di Muzioqui confiait également à France TV, : “Si on met le couvercle sur tout ça, une fois qu’on sera sorti de cette crise, on ne veut pas repartir de 0. Il faut continuer à mener le combat pour qu’on ne le paye pas dans quatre ou cinq ans.” 

AB
12.11.2020
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