À la rencontre des sportives

Noémie Allabert conjugue la Force Athlétique au féminin

"La force athlétique est associée à un sport masculin, c’est important de montrer que c’est aussi un sport féminin et qu’on ne ressemble pas forcément à des hommes. On reste féminines."

Daphne Lemercier
17.05.2020

En 2017, Noémie découvre la Force Athlétique. En juin 2019, elle devient vice-championne du monde de la discipline. Rencontre avec une athlète brillante et passionnée.

C’est le souhait de partager une activité commune avec son copain qui l’a fait rentrer pour la première fois dans une salle de musculation. Le gérant, ancien entraîneur de l’équipe de France, remarque aussitôt le potentiel de la jeune femme. Il lui apprend les trois mouvements qui compose la Force Athlétique : le squat, le développé couché et le soulevé de terre. Il est convaincu qu’elle peut participer aux Championnats de France dès cette année. Mais Noémie, n’est absolument pas attirée par la compétition. C’est son copain qui l’inscrit secrètement à sa première compétition.

Des résultats probants

Son bon résultat la propulse directement aux Championnats de France et termine sur la troisième marche du podium aux Championnats d’Europe. En l’espace de quelque mois, Noémie découvre la discipline et son talent. La passion s’en mêle et l’année suivante, l’athlète ne se ménage pas et s’entraîne dur. Elle devient Championne d’Europe en -47 kgs. Son résultat mitigé aux Championnats du Monde l’encourage à changer d’entraîneur, le temps limité de ce dernier ne suffit plus pour l’aider à passer un cap supplémentaire. Suite à ce changement, en 2019 elle réitère sa performance et est sacrée Championne d’Europe pour la deuxième année consécutive puis Vice-Championne du Monde dans la foulée.

« Bizarrement il y a plus de femmes que d’hommes en équipe de France. »

Une surprise absolue

Le plus surprenant dans cette jolie histoire est que jusque là, le sport était inexistant dans la vie de Noémie. « J’étais plutôt la fille à se faire dispenser de sport à l’école. D’autant plus que je suis née malformée, avec un décalage de 5 cm entre mes deux jambes. Je me suis fait agrandir ma jambe gauche à l’âge de 14 ans. » nous confie la sportive. L’équilibre entre ses jambes est, aujourd’hui, parfait. Et sans le savoir, du haut de son 1m46, sa génétique l’a gâtée pour la Force Athlétique. « Être petite et avoir de grands bras est un avantage dans cette discipline. » explique Noémie.

Le travail, l’abnégation et la passion sont les trois autres ingrédients indispensables à la réussite. « Mon emploi du temps est bien rempli, je travaille toute la journée et j’enchaîne 2h à 2h30 d’entraînement à ma débauche. Et je tiens ce rythme tous les jours de la semaine. C’est assez fatiguant mais je n’ai pas le choix. C’est un sport où on perd vite son niveau et il est difficile de le retrouver. » raconte Noémie. Mais imaginer en vivre est impossible.

Une évolution difficile

Sport reconnu auprès du Ministère des Sports, on y différencie deux disciplines : avec et sans équipement. La marge de progression est très lente et la récupération post-compétition très longue. La patience est essentielle. La reconnaissance de cette discipline dans le mouvement sportif français est mince mais le changement commence à opérer. « On commence à avoir une très bonne équipe de France. On est très bien placés sur la scène internationale. Donc de plus en plus visibles par les médias français. » analyse Noémie.

 

Propos recueillis par Daphné Lemercier

Daphne Lemercier
17.05.2020