À la rencontre des sportives

ANNE-CHARLOTTE BERTIN TRIPLE CHAMPIONNE D’EUROPE DES LUTTES CELTIQUES

Daphne Lemercier
09.05.2019

Championne d’Europe (-63kg) de Backhold (lutte écossaise), de Gouren (lutte bretonne) et de Glima (lutte islandaise), championne d’Europe par équipe et trophée de la meilleure lutteuse du championnat en Backhold. Anne-Charlotte fait un parcours sans faute et rafle tout sur son passage au cours des vingtièmes Championnats d’Europe des luttes celtiques, ayant eu lieu du 25 au 27 avril 2019 en Islande.

L’origine du Gouren se perd dans les brumes les plus lointaines de l’histoire. Il s’agit d’une lutte pratiquée exclusivement debout dont le but est de mettre sur le dos son adversaire avant toute autre partie du corps. A l’heure actuelle, le Gouren compte 1700 licenciés et 25% d’entre eux sont des femmes. Parmi elles, Anne-Charlotte Bertin, 31 ans et maman de deux petites filles. Cette bretonne, amoureuse de sport depuis toujours, partage sa ferveur pour cette lutte en famille, puisque c’est en rencontrant son mari (lutteur aguerri lui aussi : double vice-champion d’Europe en 2016), neuf ans plus tôt, qu’elle découvre cette discipline.

Le Gouren, une identité bretonne forte mais peu reconnue

« Ce qui m’a plu dans le Gouren c’est aussi le fait que ça soit de chez nous. J’étais à un moment de ma vie où il fallait que je retrouve mes racines et un vrai sport traditionnel de chez nous avec une identité et une culture à part» confie Anne-Charlotte.

Le gouren est aujourd’hui économiquement en difficulté, le désengagement financier de l’état et les changements de la société de consommation mettent les clubs en face d’évolutions qu’ils n’attendaient pas. Il est donc difficile, dans ce contexte, pour un sport régional, non professionnalisé etmal médiatisé, d’exister. Pour autant il ne s’agit pas d’une anecdote folklorique mais bien d’un engagement sportif élevé et d’une spécificité technique méticuleuse. 

Anne-Charlotte, un dé à quatre faces

« Ce n’est pas parce que notre sport n’est pas médiatisé que le travail n’est pas plus dur, au contraire. Le nombre de fois où j’ai entendu parler des sacrifices des footballeurs… je ne suis pas d’accord ! Ils sont professionnels, ils sont payés pour aller s’entraîner deux fois par jour quand moi je dois assumer monrôle de maman, d’épouse, ma fonction au boulot et mes objectifs sportifs» clame la lutteuse.

La charge de travail pour préparer une telle compétition est gargantuesque mais Anne-Charlotte ne ménage pas ses efforts : six à douze heures de sport par semaine en plus de sa vie familiale, professionnelle et de la présidence de son club. Pas surprenant que ses adversaires aient été impressionnées par son endurance, son explosivité, sa lucidité et son intelligence. Si ses sacrifices ont été nombreux, ils rendent ses titres d’autant plus héroïques. Pour autant, Anne-Charlotte ne quémande pas les honneurs, seulement la reconnaissance de ses pair(e)s et la fierté de représenter son territoire.

Daphne Lemercier
09.05.2019