Marie Velon « Ce n’est pas un cheval pour une femme ! »

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Marie Velon « Ce n’est pas un cheval pour une femme ! »

25 min
11.07.2023

La remise de poids de 2 kilos pour les femmes jockeys en courses de Galop, instaurée par France Galop en mars 2017, vise à établir une compétition plus équitable. Cela a immédiatement impacté la pratique, avec désormais 1 femme jockey pour 3 hommes parmi les 550 jockeys en activité. Pour mieux comprendre cette évolution rencontre avec Marie Velon.

 

Le 23 octobre 2022, à l’hippodrome de Paris, Marie Velon, une jockey de 23 ans, est entrée dans l’histoire en devenant la première Française à remporter une course de groupe 1 et la troisième femme à briller dans cette compétition. Après 161 éditions du Royal Oak, une Française a finalement obtenu la première place. Le contexte de pratique a beaucoup évolué, car jusqu’à récemment, les femmes jockeys étaient peu sollicitées. C’est pourquoi France Galop a agi. En mars 2017, les membres du Conseil d’Administration de France Galop ont mis en place une remise de poids de 2 kilos (plafonnée à 4,5 kilos pour les apprentis) pour les femmes jockeys en course de Galop. Cette remise de poids vise à égaliser les chances des chevaux en attribuant un avantage de poids aux chevaux considérés comme plus forts ou plus expérimentés.

 « Quand on s’attaque au haut niveau, la remise de poids n’est pas applicable, c’est vraiment la qualité du cheval qui est jugée »

Cela permet de rendre la compétition plus équitable, une conséquence immédiate sur la pratique puisque aujourd’hui, parmi les 550 jockeys en activité, 1 sur 3 sont des femmes. Mejdaline Mhiri a eu l’occasion de discuter avec Marie Velon pour mieux comprendre son expérience en tant que femme jockey et pour explorer les perspectives sur l’égalité des genres dans ce milieu.

 

La meilleur jockey Française ? 

Marie Velon a réalisé un parcours classique et a été inspirée par son oncle, qui était son idole. Depuis son jeune âge, elle savait qu’elle voulait devenir jockey. À l’âge de 15 ans, elle a intégré une école de courses hippiques, où elle a suivi trois ans de formation pour obtenir sa licence à l’âge de 18 ans. C’est aussi à cette période qu’elle a approché Alain de Royer-Dupré, l’un des entraîneurs les plus reconnus, pour lui proposer sa candidature, « pour apprendre il faut s’inspirer des meilleurs ». En 2022, elle a remporté 87 victoires sur 1080 courses disputées, ce qui représente environ 3 courses par jour. Mejdaline Mhiri s’est interrogée sur la manière dont elle parvient à gérer ce rythme soutenu. Marie Velon explique que c’est une question d’organisation. Sa journée typique commence tôt le matin, vers 5h30 ou 6h, lorsqu’elle s’occupe des chevaux avec lesquels elle montera. Ensuite, l’après-midi est principalement consacré aux courses, qui se déroulent généralement de 13h à 18h.

« Ce qui fait un bon jockey c’est le feeling avec le cheval qui doit s’installer très vite. Sur 1000 courses, je vais monter 300 fois les mêmes chevaux. En amont je vais regarder les courses des chevaux en question pour voir comment les monter, et mieux m’adapter à eux»

 

La décharge de poids : une double perspective pour les femmes jockeys

La remise de poids a donné aux femmes la chance de prouver de quoi elles étaient capables. Cependant, Marie Velon ressent une certaine tristesse à l’idée qu’il ait fallu instaurer une décharge pour leur donner cette opportunité. « Je ne pense pas que ce soit une discrimination positive, avec le recul, c’est plus difficile de considérer les femmes comme de véritables jockeys étant donné qu’elles bénéficient encore de cet avantage au poids », explique-t-elle. Elle est d’avis qu’à long terme, cela pourrait empêcher les femmes d’accéder aux niveaux supérieurs. Une fois que la décharge ne s’applique plus aux grandes courses, on ne leur donne que des gommes, et c’est dommage. « Si on l’enlevait, cela me coûterait sans doute quelques victoires, mais je pense que nous serions toujours nombreuses », ajoute-t-elle.

Dans les grandes courses de haut niveau, on trouve très peu de femmes. « Les entraîneurs ont tendance à dire, il n’y a pas de décharge, donc je ne prends pas de femmes ». Marie Velon explique qu’elle n’a jamais eu de problèmes avec les jockeys en général, mais elle constate malheureusement que certains entraîneurs peuvent agir de manière très sexiste.

« Ce n’est pas un cheval pour une femme ça ! »

Tanhée Lautre et Mejdaline Mhiri, en studio d'enregistrement dans la galerie d'art de Marie Lopez Vivanco.

Tanhée Lautre et Mejdaline Mhiri, en studio d’enregistrement dans la galerie d’art de Marie Lopez Vivanco.

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LE PODCAST by Les Sportives.

Journaliste : Mejdaline Mhiri

Réalisation et studio : Marie Lopez-Vivanco

Chronique humoristique : Tahnee Lautre

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