Dossier

[2/3] Course à pied : Quel regard la science porte-t-elle sur les différences entre les hommes et les femmes ?

La Redaction
15.06.2021

Ces vingt dernières années, la participation des féminines aux courses d’endurance s’est considérablement accrue, voyant même ces dernières gagner des courses devant leurs homologues masculins. Ces constats ont amené les scientifiques à se questionner sur les facteurs pouvant expliquer les différences de performance entre hommes et femmes en course à pied d’endurance.

Il n’a pas toujours été possible de comparer les performances entre hommes et femmes dans les épreuves de course à pied d’endurance. Pour la simple raison que les athlètes féminines ont dû attendre 1972 pour courir le premier 1500m olympique et pour participer légalement à un marathon aux États-Unis. Plus près de nous encore, le premier marathon olympique date de 1984 et le 3000m steeple a seulement été ouvert aux femmes en 2005. Bien que ce ne soit pas de la course à pied, il faut aussi rappeler que le 50 km marche est toujours réservé aux hommes sur cet évènement incontournable.

Plus de femmes, plus de performances

Avec l’augmentation de la participation des femmes à partir des années 1980, leurs performances ont aussi fortement augmenté. Dans les années 90, des chercheurs se sont ainsi amusé, à partir de simples (trop simples !) modèles mathématiques, à prédire l’évolution des records du monde hommes et femmes. Eh bien figurez-vous que ces scientifiques, pourtant reconnus par ailleurs, avaient pronostiqué que les femmes égaleraient les hommes sur le marathon… en 1998. Pari perdu car, aujourd’hui encore, la différence de performance entre hommes et femmes se situe autour de 10-12 % sur des distances allant du sprint au marathon. Au-delà du marathon, la question des différences de performances entre hommes et femmes est plus complexe. Notamment car la majorité de ces épreuves très longue distance sont des épreuves de trail. Ces courses ne sont pas aussi standardisées que les courses sur route (changements réguliers de terrain, de technicité, de dénivelé, distance approximative…).

Les différences de performance entre les sexes dépendent également de la façon dont la question est étudiée. Doit-on comparer le meilleur homme avec la meilleure femme ? Les 5/10 premiers coureurs de chaque sexe ? Tout le monde ? Or selon la méthode choisie pour faire la comparaison, les conclusions peuvent être assez différentes. Par exemple, la différence de performance en ultra-trail se situerait autour de 15-20 % en faveur des hommes en comparant le top 5. Mais, cette différence s’estompe lorsqu’on englobe tous les participants (⁓10 %). Nous émettons l’hypothèse que davantage d’hommes que de femmes s’inscrivent sur ces formats de courses en n’étant pas suffisamment bien préparés. Ou, dit autrement, que les femmes se préparent davantage avant de se lancer.

L’ultra-distance pour inverser la tendance ?

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, le pourcentage de participation des femmes diminue avec l’augmentation de la distance de course. Malgré le taux de participation nettement inférieur des femmes, l’ultra-distance en course à pied est l’une des rares disciplines où les femmes sont capables de surpasser tous les hommes. Pour n’en citer que quelques-unes, Corinne Favre, Pamela Reed, Hiroko Okiyama et Jasmin Paris ont terminé à la première place du classement général de la CCC en 2006 (86 km), de la Badwater 2002 et 2003 (217 km), de la Deutschland-lauf en 2007 (1 204 km) et de la course Montane Spine (431 km), respectivement. Jasmin Paris n’a pas seulement gagné la course, elle a également battu le précédent record masculin de 12 heures. 

Bien qu’anecdotiques, ces observations ont amené les scientifiques à se questionner sur les possibles déterminants physiologiques ou psychologiques qui permettraient aux femmes de réduire l’écart avec les hommes en course de grand fond. En gardant toutefois à l’esprit que l’explication à ces victoires féminines au scratch peut aussi tout simplement résider dans le fait que ces épreuves, souvent relativement marginales, ne sont pas courues par les meilleurs hommes.

Thibault Besson

Thibault Besson est doctorant à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne au sein du Laboratoire interuniversitaire de biologie de la motricité (LIBM) et membre de la chaire ActiFS (Activité physique, fatigue, santé). Il est encadré par le Pr Guillaume Millet, le Dr Jeremy Rossi et le Dr Cedric Morio. Son projet de thèse a pour objectif de caractériser les différences hommes-femmes lors des locomotions humaines grâce à une approche pluridisciplinaire (biomécanique, physiologie de l’exercice, neurophysiologie).

Suivez les travaux du laboratoire et de ses chercheurs : www.libm.fr

Twitter : @thibault_besson @JrossiUJM @CedricMorio @kinesiologui @LIBM_lab

La Redaction
15.06.2021
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