La gouvernance des fédérations sportives à l’heure de la féminisation
Tribunes

La gouvernance des fédérations sportives à l’heure de la féminisation

Alors qu’il est théoriquement conçu comme un minimum, le quota devient ici un maximum.

Annabelle Caprais
12.12.2019

La recherche d’une plus grande égalité entre les femmes et les hommes dans le sport est une préoccupation gouvernementale récente. La féminisation des instances décisionnelles sportives l’est plus encore. L’action impulsée par la Ministre Marie George Buffet dans les années 2000, a connu un second souffle en 2014 avec la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Cette loi transversale instaure des quotas pour la composition des comités et bureaux directeurs des fédérations nationales. Les organisations sportives connaissent finalement donc le même sort que les conseils d’administration des entreprises privées (loi Copé Zimmerman), la fonction publique (loi Sauvadet) ou les instances politiques ; faute de l’existence d’une pente naturelle vers plus d’égalité, les quotas deviennent un « mal nécessaire » (Bereni & Revillard).

Une obligation contraignante

Si les fédérations ne respectent pas un minimum de 25% ou de 40% de personne de chaque sexe dans leurs instances de direction (selon le type de fédération), elles s’exposent à la perte de l’agrément ministériel. La loi est cependant de faible ampleur. Le CNOSF, le CPSF, les ligues professionnelles, et autres comité régionaux et départementaux échappent à son périmètre.

Quels sont les effets de la loi ? Le travail de thèse que je mène depuis fin 2017 sur la gouvernance des fédérations sportives françaises s’intéresse en partie à cette question. Il vise à comprendre la place et le rôle des dirigeant-e-s dans la gouvernance.

Les premiers résultats montrent que la proportion de femmes dans les instances de direction progresse au fil des olympiades. On observe une augmentation tendancielle de la féminisation quel que soit le type de fédération (unisport olympique, unisport non olympique ou multisport) depuis les années 2000. Elles sont aujourd’hui environ 8% de plus qu’en 2009 à siéger dans les comités directeurs… mais elles sont toujours largement moins représentées que les hommes (65%). Parmi la centaine de fédérations agréées par le ministère des sports, on compte quelques mauvaises élèves mais ces dernières restent à la marge. Une bonne application de la loi donc, mais une progression largement inférieure à ce qu’il est possible d’observer dans les grandes entreprises françaises après la loi Copé Zimmerman.  

Une évolution modérée par un effet de seuil 

Si les fédérations respectent le quota, beaucoup ne le dépassent pas. Alors qu’il est théoriquement conçu comme un minimum, le quota devient un maximum. Les élections fédérales qui se dérouleront l’année prochaine, après les jeux olympiques de Tokyo, permettront d’infirmer ou confirmer cette tendance. En attendant, il nous reste à dévoiler les raisons de cet effet, les femmes sont moins représentées parmi les candidates, mais elles semblent aussi beaucoup moins sollicitées pour le faire. Or, l’accès à ces fonctions se fait souvent par un accompagnement dans la prise de responsabilités.

Credit photos : Les lauréates du Trophée Femmes Sur Tous Les Terrains 2019 copyright Bellenger/IS/FFBB

Annabelle Caprais
12.12.2019