Françoise Bouvier
À la rencontre des sportives

Portrait [9/11] : Françoise Bouvier, présidente de l’UNSLL

Claire Smagghe
13.01.2020

Si les récents évènements de sport au féminin, notamment la Coupe du Monde de football, ont permis de mettre en exergue la tendance à une meilleure visibilité des sportives de haut-niveau, la féminisation des instances fédérales n’en reste pas moins délaissée. L’accès aux postes à responsabilité reste une problématique latente et cristallisée. Avec seulement 11 femmes présidentes de fédération sportives dont une seule dirigeant d’un sport olympique, le mouvement sportif reste dominé en grande majorité par les hommes. Découvrez les portraits de ces 11 femmes qui militent au quotidien pour la parité dans le sport. 

Aujourd’hui nous rencontrons Françoise Bouvier, présidente de l’Union Nationale Sportive Léo Lagrange. 

 

Pourriez-vous retracer depuis combien de temps vous êtes présidente ?

J’exerce mon troisième mandat à la présidence de l’UNSLL. Auparavant, j’avais été trésorière de la fédération, lors de sa création, puis Vice-Présidente.

Avez-vous toujours eu un parcours de femme engagée et à responsabilités ?

J’ai commencé dans la vie associative, très jeune, dans un club Léo Lagrange, à Paris, dans le 18ème arrondissement. L’équipe dont je faisais partie, s’occupait de la gestion et de l’organisation de ce club multi activités, et nous avons mis en place de nombreux projets . Puis, je suis devenue administratrice Nationale au sein de la Fédération Léo Lagrange, ce qui m’a conduit à faire partie de ceux qui ont créé l’UNSLL en 1985. J’ai également eu des responsabilités syndicales dans le cadre de ma vie professionnelle.

Quelles sont les actions marquantes de ces dernières années/mois en tant que présidente de votre fédération ?

Le plus important, pour moi, est, je crois, le développement de la Fédération, la création de nombreux projets qui ont abouti . Le public auprès duquel nous agissons est essentiellement composé de personnes placées dans des situations difficiles : migrants, mineurs isolés, seniors isolés, détenus. Notre réussite est de pouvoir les aider, par le biais des activités que nous proposons, non seulement à accéder à une activité sportive, mais de sortir de leur isolement et de partager des moments de vie. Et puis ces derniers temps, je me suis impliquée, au nom de ma fédération, dans les différentes discussions et nombreux groupes de travail consacrés à la réforme de la gouvernance du sport.

Que pensez-vous de la structuration actuelle du sport français ?

La gouvernance actuelle, dite partagée, qui redonne une certaine autonomie aux fédérations sportives, n’est pas une mauvaise chose. Ce qui reste compliqué c’est la gestion de cette nouvelle organisation et les moyens dont elle dispose. J’ai conscience que nous sommes aujourd’hui dans une situation économique contrainte, mais pour réussir, une politique sportive ambitieuse doit se donner les moyens, notamment en tenant compte de la diversité des fédérations sportives et des milieux dans lesquels elles évoluent, avec des objectifs et des programmes forcément différents. Nous savons aujourd’hui, que le sport, dans ses multiples dimensions, est un formidable levier de transformation sociétale. Il mérite d’être considéré comme un investissement et non un coût, ce qui est le cas actuellement. Il nous faudra être vigilants sur le contenu de la future loi sport et société, afin que les différentes composantes du sport trouvent leur espace et vivent en bonne intelligence.

Que vous inspire cette phrase « Là où tant d’hommes ont échoué, une femme peut réussir ?

En premier lieu, cette citation attribuée à Talleyrand doit être replacée dans son époque et dans son contexte. Ce célèbre diplomate aurait également dit « la parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée » !

Plus sérieusement, à mon sens, la réussite dans quelque domaine que ce soit, n’est pas une affaire de sexe. En revanche, pour être équilibrée, une société doit s’appuyer et respecter l’ensemble de ses composantes. La participation des femmes (qui représentent aujourd’hui plus de la moitié de la population française), aux prises de décision et à tous les niveaux est absolument indispensable ! C’est malheureusement loin d’être généralisé ! Aujourd’hui encore, dans notre pays, force est de constater, qu’aucun milieu n’échappe aux discriminations à l’égard des femmes. L’arrivée des femmes à des postes de responsabilité, est quelquefois perçue comme une rivalité par certains hommes. Ma préoccupation n’est pas de m’opposer systématiquement aux hommes, ou de vouloir prendre leur place, mais de donner une réalité à ce qui semble être une évidence : les aptitudes des femmes valent celles des hommes. Pourquoi, devons-nous alors trop souvent devoir prouver nos capacités ? Il est temps de mettre en œuvre, ensemble, ce qui s’appelle tout simplement le partage !

Claire Smagghe
13.01.2020

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