Charlie Martin automobile
À la rencontre des sportives

Pilote transgenre, Charlie Martin rêve des 24 heures du Mans

Assia Hamdi
18.06.2020

Charlie Martin est une pilote automobile et rêve d’une chose : devenir la première femme transgenre à participer aux 24 heures du Mans. Transgenre, elle a déjà gagné plusieurs batailles.

A 38 ans, la Britannique Charlie Martin a encore un rêve : devenir la première femme transgenre à participer aux 24 heures du Mans. La pilote automobile qui a fait sa transition en 2012, vise l’édition 2021 du tournoi et cherche des sponsors. « C’est un gros projet. Je fais marcher mon réseau, je cherche des personnes, des structures, qui veulent nous soutenir et nous financer. »Graphiste designer de formation, Charlie a commencé à écumer les courses automobiles anglaises à 25 ans, dans une Peugeot 205 GTI, une voiture payée avec ses économies d’ex-étudiante. « C’était un début, j’ai vite appris que pour être compétitive, j’allais avoir besoin de m’entraîner…et d’argent. » Pendant des années, elle écume les petites courses de la campagne britannique. Cette passion sans impasse lui vient des week-ends d’enfance sur les courses de son Leicestershire natal avec un copain de classe dont le père était féru de voitures. Dix ans plus tard, à 19 ans, Charlie traverse la Manche avec son frère, pour assister aux célèbres 24 heures du Mans. « Je n’avais jamais vécu un truc comme ça. Y participer, c’était aussi plausible que de marcher sur la Lune. »

« Enfant, je ne voyais pas de personne de la communauté LGBT dans mon sport. C’est important, la visibilité, d’avoir des gens qui nous ressemblent, pour se dire que quelque chose est possible. »

Charlie Martin automobile

Crédit photo : http://racepix.eu/

Quatre ans après son premier départ, Charlie Martin, adulte, s’achète une plus grosse voiture, une Westfield. Et puis, à 30 ans, le mal-être progresse. « J’ai fait une dépression. J’étais sur le point de m’ôter la vie. »Depuis qu’elle est enfant, Charlie se sent plus femme qu’homme. « J’avais peur de ne plus être acceptée dans mon sport, de perdre des partenaires. »Mais plus elle avance, moins elle peut ignorer ce besoin. Alors, en 2012, Charlie entame sa transition, la peur au ventre. Orpheline de père depuis ses 11 ans, et de mère depuis qu’elle en a 23, la pilote est soutenue par ses frères et certains amis, pas tous. « L’un de mes copains proches n’a plus jamais répondu à mes mails. »A son retour sur le paddock, en septembre 2012, Charlie se heurte au regard interrogateur des gens.« Je crois qu’ils ne savaient pas comment réagir. »A force d’explications de dialogue, elle reçoit de l’empathie. De 2014 à 2016, elle enchaîne les courses en France et fait son premier podium, à Saint-Gouéno, en Bretagne. « Sauter le pas m’a détendue. Et puis la reconstruction faciale a changé ma vie, j’avais plus confiance en moi. »Charlie passe professionnelle et s’achète une Formule Renault.

 En 2017, pour sa première sortie en endurance, la pilote arrive troisième de la manche Trophée Tourisme Endurance au Mans, avec le Français Nicolas Schatz. Depuis, Charlie Martin défend la diversité par son rôle d’ambassadrice chez Racing Pride, qui lutte pour les droits LGBT dans la course automobile. « Enfant, je ne voyais pas de personne de la communauté LGBT dans mon sport. C’est important, la visibilité, d’avoir des gens qui nous ressemblent, pour se dire que quelque chose est possible. » Pendant le confinement, Charlie a participé au Race At Home Challenge, un tournoi mondial virtuel qui lui a permis de gagner en visibilité dans la Formule E. Son prochain objectif, la saison à venir et réussir à trouver des financements pour son édition 2021 des 24 heures du Mans. « Ca ne se fera que grâce à des gens qui croient en moi et au message que j’essaye de faire passer. Je n’ai pas toujours gagné sur les circuits. Mais depuis que je suis devenue la vraie Charlie, je n’ai plus regardé en arrière. »

Propos recueillis par Assia Hamdi

Assia Hamdi
18.06.2020