Manon Genest
À la rencontre des sportives

Manon Genest « Je n’ai plus honte de marcher dans la rue »

Mejdaline Mhiri
23.11.2020

Il y a cinq ans, la vie de Manon Genest a basculé. La jeune femme est devenue hémiplégique du côté gauche, c’est-à-dire paralysée, suite à un accident de la route. Ce traumatisme a bouleversé sa vie et son rapport au sport. Sportive dans l’âme, la championne s’est découverte compétitrice en triathlon puis en athlétisme.

« En 2015, j’étais en deuxième année pour devenir ingénieure, j’avais 22 ans et j’ai eu cet accident en voiture. Je suis allée dans un centre de rééducation et les soins ont commencé. Je n’envisageais pas d’autre issue que de guérir totalement, partage Manon Genest. L’avenir fut terriblement plus douloureux. Après cinq mois, on m’a convoquée dans le bureau de la médecin en chef. On m’a expliqué que je sortais dans quinze jours. Je n’ai pas compris et j’ai montré ma main : seuls mon index et mon pouce fonctionnaient encore pour pincer. » La liberté retrouvée est synonyme de paralysie à vie. « Pendant 48 heures, ça a été la descente aux enfers… » confie la native de Châteauroux.

Mais la jeune femme possède une incroyable détermination qu’elle ignore encore. Durant sa convalescence, Manon Genest fait la connaissance d’une éducatrice mordue de triathlon qui la convainc d’essayer cette discipline. Avec une orthèse, un appareillage qui compense une fonction absente ou déficitaire, elle réapprend à marcher, se réapproprie son corps et se met à la course à pied qu’elle détestait plus jeune. Son rapport au sport se transforme.

« Le sport est un beau vecteur d’inclusion, d’acceptation. Vis-à-vis des autres sportifs, de la société, mais aussi de l’image que l’on a de soi-même. »

Adepte de la pratique loisir

Inscrite très jeune à la danse puis à la natation par sa sportive de mère, Manon Genest a toujours aimé transpirer, sans être une compétitrice dans l’âme. « Avant, je ne comprenais pas pourquoi il fallait absolument essayer de battre quelqu’un. Par contre, j’avais beaucoup d’énergie à canaliser, sourit-elle. J’ai fait ma première dans un lycée militaire car c’était le seul établissement où il y avait une piscine. Mais on m’obligeait à courir, notamment pour le cross. »

Rapidement détectée par la fédération de paratriathlon, Manon Genest trouve dans le sport « une raison de se lever le matin » et dans la compétition une envie de se dépasser suite à son accident. Sans prétention aucune, elle se présente en mai 2016 au championnat de France. Elle en repart avec la médaille d’or autour du cou. Puis la Castelroussine est sacrée championne du monde à Rotterdam cette même année. « Le sport est un beau vecteur d’inclusion, d’acceptation. Vis-à-vis des autres sportifs, de la société, mais aussi de l’image que l’on a de soi-même. On se remuscle, on se découvre de nouvelles capacités. Je n’ai plus honte de marcher dans la rue, d’avoir une main qui peut faire des siennes » raconte l’athlète.

Avec le haut niveau, Manon Genest fait des rencontres qui la marquent, lui redonnent confiance en elle. Désignée Étoile du Sport en 2019, elle intègre en 2020 la pépinière de talents de la FDJ Sport Factory qui la soutient dans l’optique de Paris 2024. « L’événement des Étoiles du Sport était fantastique et m’a beaucoup émue. C’était un moment de partage fort. Le côté humain de mes partenariats est d’ailleurs crucial. Au-delà de l’aspect financier, il y a un vrai lien avec chacun. Beaucoup de personnes m’envoient des messages avant ou après les compétitions » explique l’ingénieure qui officie comme chargée de prévention à l’état-major de la ville de Lyon.

S’adapter pour continuer à briller

Manon Genest

Crédit photos : JULIEN-BCS

Désormais portée sur l’athlétisme, spécifiquement le 200 mètres, le 400 mètres et le saut en longueur, Manon Genest s’entraîne parmi les valides. « Je réapprends tout par mimétisme donc c’est mieux pour moi de travailler comme cela. » Parfois, les séances peuvent être très frustrantes. « Aux entraînements, parfois j’ai vraiment envie de me donner mais l’orthèse ne fonctionne pas, mon pied ne parvient pas à se mettre dedans, du coup on ne peut rien faire… Il faut faire preuve d’adaptation, tout le temps. »

En octobre dernier, la jeune femme de 27 ans a remporté deux médailles d’argent au championnat de France, à Marseille. En saut en longueur et en 200 mètres, à chaque fois derrière des athlètes d’un niveau paralympique, Mandy François-Elie et Marie-Amélie le Fur. Ce qui en dit long sur le talent de Manon Genest, moins expérimentée, et sur ses perspectives de progression. Si un calendrier précis est impossible à assurer, les objectifs sur les mois à venir sont clairs : les championnats d’Europe en juin en Pologne et les Jeux paralympiques de Tokyo l’été prochain sont dans le viseur. Quel que soit le rendez-vous, avec une telle détermination, Manon Genest est capable de tous les exploits.

Propos recueillis par Mejdaline Mhiri 

 

Dans le cadre de son programme d’actions Sport Pour Elles, FDJ soutient et encourage les championnes, et agit pour donner envie à toutes les femmes de pratiquer une activité sportive
et faire évoluer les mentalités. Et cela passe aussi par les encadrants.
Mejdaline Mhiri
23.11.2020
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