Karolina Zalewski
À la rencontre des sportives

Karolina Zalewski, une reconversion préparée mais douloureuse  

Mejdaline Mhiri
11.05.2020

En juin 2017, Karolina Zalewski a mis un terme à sa carrière handballistique. Après vingt années passées sur les terrains, la Franco-Polonaise est devenue directrice marketing de son dernier club, Paris 92. Avec Les Sportives, elle évoque son parcours et la difficile reconversion d’une athlète de haut niveau. Malgré un arrêt mûrement réfléchit.

« La petite mort du sportif, c’est dur à vivre. Je croyais qu’en restant au club, ce serait plus simple… Finalement, je ne sais pas si cela aide à tourner la page. La digestion a été plus longue », partage Karolina Zalewski, ancienne ailière droite d’Issy-Paris.

Anticipé ou non, l’après-carrière est un choc dans la vie d’une athlète, sommée de repenser son quotidien. « Quand il n’y a plus ce cadre qui a dirigé ta vie, tu es dans les chouxcomplet. Tout est à refaire. Tu as le syndrome de l’imposteur aussi. Je me suis dit qu’il fallait que je travaille deux fois plus pour montrer que j’avais ma place en tant que salariée. »

Pourtant, la native de Varsovie, arrivée dans l’hexagone à l’âge de trois ans, s’est réalisée en gardant la tête sur les épaules. Encore jeune, elle décline une offre d’Issy-Paris pour achever son cursus scolaire. « A 24 ans, quand j’ai eu mon master en management et marketing sportif, alors j’ai rejoint la capitale. Pendant trois ans, je n’ai fait que du hand. Avec les séances vidéos, le kiné, tes journées sont bien occupées. Mais au bout de deux ans, j’ai senti qu’il me manquait quelque chose pour animer mes neurones, explique la gauchère avec une pointe d’accent de l’Est, dans un français parfait. Je ne voulais pas que mes études ne me servent à rien. Et quand cela ne va pas sur le terrain, c’est important d’avoir quelque chose à côté. »

Recrutée par son club

Karolina Zalewski : une reconversion préparée mais douloureuse   Karolina Zalewski saisit l’opportunité du renouvellement de son contrat pour échanger avec les dirigeants du club francilien. Un accord tacite est passé pour qu’elle prenne en charge le marketing. « J’ai appris sur le tas car il n’y avait personne à ce poste. Je me suis prise au jeu et cela prenait de plus en plus de temps. Je bossais sur les déplacements. Il y avait tout à faire. C’était le moment où la ligue féminine se professionnalisait, il ne fallait pas louper le coche. »

La finaliste de la Coupe de France 2014 et 2017 parvient tout de même à mettre des barrières entre son rôle dans le groupe et sa place dans le club. « Je savais, par exemple, quelques jours avant les autres les noms des nouvelles recrues. Mais je ne voulais pas rentrer là-dedans. Je ne voulais pas que ça m’influence sur le terrain, ni savoir combien les autres étaient payés. Quand ils y avaient ce genre de discussion, le staff sportif changeait de bureau. Par contre, dès qu’il y avait quelque chose à demander de la part de l’équipe, c’était moi qu’on envoyait » se souvient-elle dans un sourire.

Les années passent et en 2016 sa résolution est prise. « J’avais décidé que ce serait ma dernière saison. Le club m’a proposé de rester en CDI. On a travaillé ensemble cet arrêt. Sur le coup, tu es contente parce que tu récupères tes weekends, mais ensuite…».

« Je n’irais pas jusqu’à parler de dépression, plutôt d’un véritable spleen. Je n’avais envie de rien. Je perdais toute émotion »

Un changement brutal

Le triple bouleversement, identitaire, physique et social, a quelque chose de violent.  « Je n’irais pas jusqu’à parler de dépression, plutôt d’un véritable spleen. Je n’avais envie de rien. Je perdais toute émotion, positive ou négative. A 35 ans, j’ai rempli des papiers médicaux pour la première fois. Au niveau social, tu sors de ce cocon où tu es en permanence avec tes coéquipières. Avant, je calais mes repas en fonction du hand. Maintenant, je mange quand j’ai faim », raconte Karolina Zalewski. 

Désormais, le handball féminin s’est professionnalisé et les jeunes joueuses bénéficient de parcours scolaires adaptés. « Il y a beaucoup plus d’outils aujourd’hui. Avec l’Association des Joueurs Professionnels de Handball (AJPH), on travaille notamment avec les filles du centre de formation pour leur faire découvrir le monde de l’entreprise. J’espère que cela va les aider. Je crois que tu ne peux pas retrouver l’adrénaline que tu as connu par le sport dans la vie quotidienne. Mais il y a d’autres émotions à vivre par le suite, il faut s’en donner la chance. »

 

Propos recueillis par Mejdaline Mhiri. 
Copyright photos : Cliché Hand – Laury Rousseau – Nicolas Vercellino

Mejdaline Mhiri
11.05.2020