À la rencontre des sportives

Cut techniciennes aux JO de Tokyo, une grande première

Tiffany Henne
21.08.2021

Elles ont marqué l’histoire de la boxe pendant les JO de Tokyo. Une Française et une Nigériane sont devenues les premières cut techniciennes participant aux Jeux olympiques. Quelle est cette mission ? Rencontre et explications avec les deux concernées.

Dans le coin rouge, Marie-Pierre Barthe Sadran, hôtesse de l’air pour une grande compagnie française. Dans le coin bleu, Adeoti Mosunmola Yinka, officier à la sécurité nationale nigériane. Au Japon, elles n’ont pas eu à enfiler les gants mais elles ont pris soin des autres en devenant les premières cut techniciennes participant aux Jeux olympiques. « Le cutman ou la cutwoman est la personne qui fait les bandages des boxeurs et boxeuses [1]. Ensuite, on les certifie [2] et on les signe. Une personne qui ne passe pas entre nos mains ne monte pas sur le ring. Sur ces Jeux olympiques, on ne traite pas les plaies des boxeurs et boxeuses. Mais sur d’autres compétitions, on est dans le coin accompagné·e·s de l’entraîneur et on gère les plaies, les hématomes, les saignements pendant la minute de repos », décrit la première. À la fin de la journée, il faut aussi découper les bandages des boxeurs et boxeuses et les revérifier. Près de 280 combattants et combattantes sont passé·e·s entre leurs mains pendant les 15 jours de compétition. Charge à elles aussi du bon déroulement dans la salle d’échauffement, de 9h à 22h.

« La plus belle expérience de ma vie »

Marie-Pierre Barthe Sadran et Adeoti Mosunmola Yinka sont devenues les premières femmes cut techniciennes

Marie-Pierre Barthe Sadran et Adeoti Mosunmola Yinka sont devenues les premières femmes cut techniciennes à participer aux Jeux olympiques.

Les cut technicien·ne·s ont été intronisé·e·s aux JO à Rio en 2016. « L’AIBA, organisation mondiale de boxe, s’est aperçue que les boxeurs et boxeuses, même en amateur, devaient monter sur le ring avec des bandages professionnels parce que ça leur protège les mains. Ils et elles ont de nombreux combats. C’est donc devenu obligatoire », raconte Marie-Pierre Barthe Sadran après avoir vu passer leur nombre de 4 à 2 entre le Brésil et le Japon.

Pour arriver à Tokyo, la Française de 55 ans, maman de 2 enfants, arbitre nationale, entraîneuse de kickboxing et vingt ans d’expérience en pieds poings, a suivi une formation auprès de Joseph Clifford, célèbre cutman irlandais, en 2018. Pareil pour Adeoti Mosunmola Yinka, 38 ans, également mère de 2 enfants, coach dans son propre club de boxe au Nigéria et pour l’équipe nationale. La Nigériane a ensuite participé aux Jeux africains au Maroc puis à ceux du Commonwealth. Marie-Pierre Barthe Sadran, elle, a connu sa première expérience aux qualifications européennes pour les Jeux olympiques. Les deux femmes ont ensuite été recommandées par leur instructeur, intégrées à une liste de huit finalistes et sélectionnées par la Boxing Task Force [3] pour l’aventure au Japon. « La plus belle expérience de ma vie », répète Adeoti Mosunmola Yinka avec des étoiles dans les yeux qu’on devine à l’autre bout du fil.

« Il faut des professionnel·le·s qui vous disent comment faire »

Fortes de leur expérience olympique, les pionnières tirent deux leçons. La première : un besoin de formation pour de nombreux·ses cut technicien·ne·s. « J’ai vu ici tellement de bandages mal faits par manque de connaissance. Moi-même j’ai dû attendre 4 ans pour être formée après avoir frappé à toutes les portes, envoyé des dizaines de mails, etc. Je n’ai jamais reçu de réponse, comme s’il ne fallait pas partager le savoir. Je suis donc partie me former en Irlande. Il y a beaucoup de gens qui improvisent et c’est là où le bât blesse. Pour la sécurité et l’hygiène, il faut des professionnel·le·s qui vous disent comment faire et en finir avec les vieux produits comme l’adrénaline. Dans de nombreux pays, celle-ci est interdite d’utilisation par un personnel non médical, aujourd’hui il existe des produits naturels extrêmement efficaces », martèle Marie-Pierre Barthe Sadran. Deuxième leçon, résumée par Adeoti Mosunmola Yinka : féminiser le monde de la boxe. « On commence à avoir des cutmen en Afrique, il faut que les femmes y aillent aussi. La boxe reste un sport d’hommes, particulièrement en Afrique. Je veux que les femmes africaines puissent accéder à cette fonction car il y beaucoup de compétitions et de compétitrices. Je veux aller voir les médias, en parler autour de moi. Il faut qu’on ait des supports, du sponsoring. Il faut promouvoir l’équité. »

[1] Pour les nations qui n’ont pas les moyens d’avoir un·e cut technicien·ne

[2] Pour les nations disposant d’un·e cut technicien·ne

[3] La Boxing Tasq Force a remplacé l’IBA pour la gestion de la boxe aux Jeux olympiques

Propos recueillis par Tiffany Henne

Tiffany Henne
21.08.2021
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