Abby Gaye organise des camps au Sénégal pour lutter contre le colorisme
À la rencontre des sportives

Combattre la dépigmentation de la peau par le basket, le beau projet d’Aby Gaye

Assia Hamdi
02.11.2021

Depuis 2017, la basketteuse française Aby Gaye organise au Sénégal des camps de basket pour sensibiliser les jeunes joueuses à la dépigmentation volontaire de la peau. Après deux éditions concluantes, ce projet fort en symbolique se développe en 2021-2022.

« Je suis basketteuse et j’ai voulu me servir de mon sport pour aider les jeunes filles du Sénégal. » Championne de France 2021 avec le Basket Landes et désormais joueuse en Hongrie, à Sopron, la pivot française de 26 ans Aby Gaye a fondé en 2018 l’association Terang’Aby. Son but ? Utiliser le basket pour sensibiliser les jeunes filles sénégalaises au fléau de la dépigmentation volontaire de la peau. Un blanchiment cutané à l’aide de produits chimiques. Une fois par an, Terang’Aby organise un camp estival de basket de trois jours au Sénégal, avec un programme chargé. « Le matin, elles jouent au basket et l’après-midi, elles participent à des matchs », précise Aby Gaye. En plus de la partie basket, l’association fait intervenir des psychologues, des dermatologues et des sages-femmes pour informer les jeunes basketteuses sur la dépigmentation de la peau et les éduquer sexuellement. « Au total, on a déjà accompagné 120 filles : elles ont entre 15 et 19 ans et jouent dans des clubs de basket du Sénégal. »

Aux côtés des professionnel·le·s de santé et des intervenant·e·s issu·e·s de différents secteurs, les jeunes filles s’entrainent quotidiennement et s’affrontent autour de matchs de basket.

Lutter contre le colorisme et ses effets dévastateurs

Ces camps, 100 % gratuits, se déroulent à Louga et à Thies, ville d’origine des parents d’Aby Gaye, et sont portés à bout de bras par la basketteuse. « J’ai grandi en France, j’ai une double culture dont je suis fière, j’ai la peau foncée. Mais en 2017, quand je suis retournée au Sénégal, pour la première fois depuis 15 ans, des proches m’ont fait comprendre que ma peau devait être moins noire. » Aby Gaye se renseigne sur les effets dévastateurs de la dépigmentation et met en place ce camp pour alerter les jeunes basketteuses sénégalaises. « On appelle cela le colorisme : plus on se rapproche de la peau blanche, via des crèmes éclaircissantes, plus on est vues comme belles et plus cela renforce la confiance en soi, poursuit Aby Gaye. Mais le colorisme amène aussi des cancers de la peau, du diabète, des problèmes de santé artérielle… » L’objectif est donc aussi de redonner confiance à ces jeunes filles autrement. « Pour renforcer leur estime de soi, on leur enseigne le basket. On leur donne des tenues de basket, des chaussettes, des chaussures, des sacs… C’est important qu’elles aient des vêtements neufs. Qu’elles se sentent valorisées ! »

Des journées mensuelles en plus du camp estival

Grâce à ses fonds personnels et au crowdfunding, Aby Gaye a disposé d’entre 3000 et 4000 euros par an sur les deux premières éditions. « Depuis l’an dernier, on est aussi soutenus par l’ONG La Guilde et par l’ambassade de France au Sénégal. » Sur l’édition 2021-2022, en plus du camp de basket estival, les jeunes filles du camp assistent chaque mois, de septembre à juin, au Sénégal, à une journée thématique pour mesurer leurs progrès. « Il y a un mois, la première journée tournait autour de l’orientation professionnelle. Une mission locale est venue les conseiller sur les métiers, connaître leurs préférences… »

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Différentes journées thématiques vont se succéder jusqu’en juin 2022. « Ce mois-là, on organisera une journée de clôture de la session 2021-2022. On amènera les jeunes filles à Dakar pour visiter le Musée de la Femme. On leur donnera aussi des diplômes. » À chacune de ses visites estivales, la joueuse remarque les effets de son initiative sur les jeunes basketteuses. « J’ai été marquée par une jeune fille qui m’a dit qu’elle n’avait pas l’habitude d’être écoutée. Le simple fait que je m’assois près elle et que je lui pose des questions sur elle, que je m’intéresse à sa vie… C’était déjà quelque chose de grand pour elle. »

Propos recueillis par Assia Hamdi

Assia Hamdi
02.11.2021

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