Astrid Guyart publie trois albums jeunesse :  Les incroyables rencontres de JO, aux éditions du Cherche midi.
À la rencontre des sportives

Astrid Guyart publie trois albums jeunesse : Les incroyables rencontres de JO, aux éditions du Cherche midi.

"J’ai voulu donner aux enfants l’envie de grandir avec et par le sport."

Julien Legalle
03.06.2017

Sixième aux Jeux Olympiques de Rio, multiple médaillée aux championnats du monde et d’Europe de fleuret, ingénieure aérospatiale chez Airbus, Astrid Guyart vient de publier trois albums jeunesse :  Les incroyables rencontres de JO, aux éditions du Cherche midi.

 

Comment est né ce projet ?

Je voulais faire un cadeau à ma nièce et comme ses parents et sa tante sont des sportifs de haut niveau, j’ai cherché un livre sur le sport. Il y en avait beaucoup sur le foot, les règles des sports, mais rien qui n’éveille l’imagination, rien qui ne fasse naître une vocation ou qui donne envie à un enfant de faire du sport. Je me suis alors dit, je vais lui faire le cadeau de lui écrire un livre. Rapidement, j’ai voulu écrire sur différents sports olympiques, en mettant en scène le petit JO qui rencontre un enfant de son âge qui deviendra 20 ans plus tard un champion français. C’est aussi l’occasion de parler des belles rencontres du sport, de la découverte de la pratique sportive, mais aussi de ses valeurs. Mon parti pris est de ne pas parler de performance sportive, mais du sport qui permet aux enfants et aux gens de se réaliser.

 

Quels sont les objectifs de ces livres ?

J’ai voulu donner envie aux enfants de grandir avec et par le sport. J’ai commencé l’escrime à 5 ans, j’y ai rencontré mes meilleurs amis, c’est une passion qui ne m’a jamais quittée, la flamme olympique est en moi depuis le début, et elle m’a permis de grandir. Le sport, ce sont des belles valeurs, une vie passionnante, on se découvre à travers lui, on va chercher des ressources rares dans d’autres domaines.

Au-delà de la performance, je voulais montrer la personne que l’on pouvait devenir grâce à lui. Ma plus grande victoire serait d’avoir donné envie à un enfant de franchir les portes d’un club. Les livres ont aussi un objectif pédagogique, ils ont été pensés pour permettre aux enfants d’apprendre à lire. L’écriture et les dessins sont complémentaires de manière à aider les enfants dans leurs premières lectures.

 

Pourquoi avoir choisi ces trois sports et ces trois athlètes, dont Vanessa Boslak et Emmeline Ndongue ? Est-ce une volonté de valoriser le sport au féminin ?

Je n’ai aucune volonté féministe, même si je suis bien consciente que le sport au féminin est sous-représenté. J’ai juste voulu mettre en valeur des sportifs pour leur parcours remarquable, leur palmarès et leur carrière sportive, mais aussi pour leur personnalité et les valeurs qu’ils véhiculent. Je les donne comme exemple. Je voulais mettre en avant un grand champion, mais aussi un grand homme. Cependant la rencontre entre le petit JO et une grande championne donne une matière supplémentaire pour écrire, parce que je vais pouvoir aller contre les clichés, j’ai plus de latitude. Je vais quand même chercher à avoir un équilibre entre les champions et championnes, car je ne souhaite pas tomber dans la caricature inverse. Je suis partie de leur enfance, leurs émotions, leur première rencontre avec le sport, leur personnalité. La présentation des premières planches aux athlètes a toujours été un moment très fort et assez émouvant. Mon critère n’a pas été de choisir les sportifs les plus connus, j’ai voulu mettre en avant des sportifs plus anonymes, mais qui méritent tout autant d’être érigés en exemple pour la jeunesse.

 

Les incroyables rencontres de JO, aux éditions du Cherche midi. ParAstrid Guyart.

Les incroyables rencontres de JO, aux éditions du Cherche midi. ParAstrid Guyart.

L’écriture d’albums jeunesse est complexe car ils imposent un imaginaire et une langue. Comment avez-vous procédé pour vous adapter à ces particularités ?

J’ai commencé par écrire en me replongeant dans mes souvenirs d’enfant, puis je me suis entourée de gens qui avait l’habitude d’être en contact avec des enfants : un enseignant, un éducateur, un pédopsychiatre et une amie qui est impliquée dans un comité de sélection de livres jeunesse. J’ai été vigilante sur le choix des mots.

 

Ces livres ont été réalisé en collaboration avec un illustrateur. Comment avez-vous travaillé avec Olivier Loyen ?

J’avais déjà écrit plusieurs scénarios, j’avais la trame et puis j’ai fait une merveilleuse rencontre qui m’a donnée beaucoup d’énergie. Ma cousine m’a suggérée le nom d’Olivier Loyen, un cousin éloigné, que je n’avais pas revu depuis longtemps. De son coté, Olivier attendait un projet de ce type depuis longtemps. Il voulait illustrer ses propres livres mais il n’avait jamais osé. Sur la conception des albums, l’image et le texte ont été construits de manière complémentaire. J’ai voulu que les enfants et les adultes y trouvent des choses différentes, des anecdotes, des détails, ce qui fait que l’on peut relire plusieurs fois ces livres en y découvrant à chaque fois des choses différentes.

 

Quel regard portez-vous sur les livres jeunesse à thème sportif ?

Pendant mon enfance, je n’ai pas de souvenirs d’avoir lu un livre de sport m’ayant fait rêver. En faisant des recherches, je n’ai pas trouvé ce type de livre. En revanche, les séries animées de ma jeunesse comme Olive et Tom ou Jeanne et Serge m’ont donné envie de me dépasser. Dans mes rêves, j’imagine une adaptation animée des aventures de JO. Ce serait exceptionnel !

 

Il est assez rare de voir des athlètes prendre la plume. Pourquoi ?

Il faut du temps, j’ai été détachée pendant un an et demi de mon travail pour préparer les JO. Comme j’ai toujours été habitué à faire plusieurs activités en même temps, j’avais besoin d’une soupape, d’une bulle d’air car la qualification aux JO est très dure. Ecrire a été ma bulle d’air. Je souhaite dire aux sportifs que grâce à notre carrière nous avons une capacité à mener divers projets qui pourraient être artistiques, littéraires, musicaux. Nous avons une des potentiels multiples. Il faut en faire quelques chose. Un sportif est un homme de projets avec une capacité à préparer et à franchir des étapes. Il a une méthodologie, il sait s’entourer et s’organiser pour atteindre ses objectifs.

 

Pensez-vous poursuivre cette aventure en proposant de nouveaux sports et de nouveaux athlètes, ou tout simplement en menant un autre projet ?

Pour l’instant, j’aime tellement ce projet que je ne peux pas penser à autre chose. Si nous avons des lecteurs, tous les sports olympiques pourraient être représentés.

 

Avez-vous quelques conseils de lecture à suggérer à nos lecteurs-lectrices ?

Les biographies de champions, notamment celles de Yannick Noah et André Agassi, ont été très inspirantes. En tant que sportive, ça nous parle. On reconnaît l’émotion, les sensations, et la force qu’il y a derrière. L’intérêt est encore plus important si le sportif ne cache pas la vérité, avec des hauts et des bas, et sa capacité à se relever. Sinon, je lis beaucoup de livres sur la psychologie et le développement personnel. J’ai une fonction managériale chez Airbus, c’est une thématique qui m’intéresse. Le cerveau a un potentiel extraordinaire, et pour l’instant, nous ne savons pas vraiment nous en servir.

 

Pour terminer, quels ont vos objectifs sportifs ?

Toute au long de l’année, Il y a la coupe du monde, mais mon plus grand objectif sera le championnat du monde en juillet prochain, à Leipzig.

 

Propos recueillis par Julien Legalle

Extrait du numéro 5 Les Sportives 



Julien Legalle
03.06.2017