À la rencontre des sportives

Angélina Lanza, la détermination qui permet d’aller plus loin

« La participation aux Jeux est l’objectif de toute une carrière. »

Benoit Pelegrin
06.04.2021

Angélina Lanza, en lice pour une qualification aux Jeux paralympiques de Tokyo cet été, est aujourd’hui la sixième sauteuse en longueur mondiale dans sa catégorie.

Angélina Lanza n’a que dix ans quand elle boucle ses premiers tours du stade de l’AS Beauvert à Grenoble, en Isère. Elle s’essaye à plusieurs disciplines avant d’opter pour le saut en longueur et le sprint court – distances de 60, 100 et 200 mètres –, guidée par ses aptitudes autant que par ses sensations. Compétitrice et médaillée au niveau départemental et régional en valide, elle est repérée à 17 ans par Jean-Baptiste Souche, un des entraîneurs de l’équipe de France d’athlétisme handisport, qui lui présente le mouvement et l’encourage à évaluer son degré de handicap.

« Je ne me percevais pas assez handicapée pour appartenir au mouvement handisport »

Atteinte de poliomyélite enfant, la sportive en conserve des séquelles au bras gauche, plusieurs muscles atrophiés limitant son amplitude et l’empêchant de réaliser certains mouvements. Elle concoure aujourd’hui dans la catégorie T47, celle associée à la perte ou l’usage limité d’un membre supérieur. « Au départ je ne me percevais pas assez handicapée pour appartenir au mouvement handisport », se souvient Angélina Lanza. « Mon corps s’est adapté depuis que je suis enfant, c’est ma normalité. » Mais les dégâts provoqués par la maladie sont bien réels et entraînent un déséquilibre que son corps compense… dans la limite d’un possible que le haut niveau fait voler en éclats. Après un début en fanfare – plusieurs médailles aux championnats de France d’athlétisme handisport Espoirs et Élite en 2011 et 2012 – le corps craque et la championne traverse jusqu’en 2015 un long tunnel pavé de blessures musculaires. Son retour, après l’intégration du pôle France jeunes d’athlétisme handisport à Lyon, sera à la hauteur de la détermination qu’elle a montrée le long de ces années de calvaire. En 2016, lors des championnats d’Europe à Grosseto en Italie, Angélina Lanza réalise un impressionnant triplé en bronze sur 100 mètres, 200 mètres et saut en longueur. C’est encore une médaille de bronze qui l’attend à Londres l’année suivante lors des championnats du monde, plus une en or aux championnats de France en salle. La consécration vient en 2018 à Berlin lorsqu’elle est sacrée double championne d’Europe en 200 mètres et longueur.

Patience et longueur de saut

Originaire de Lomé, au Togo, Angélina Lanza a suivi en parallèle de sa carrière d’athlète des études de langue puis de communication. C’est d’ailleurs dans ce domaine qu’elle exerce depuis 2019 au sein de la Direction territoriale Auvergne Rhône-Alpes de la SNCF, basée à Lyon. Non loin de la halle Stéphane Diagana où elle s’entraîne. « Au-delà du poste et des avantages du dispositif Athlètes SNCF, je me suis reconnu dans les valeurs de l’entreprise », explique-t-elle. À titre personnel, la championne est engagée en faveur de l’égalité femme-homme et des luttes contre les discriminations tant raciales qu’associées au handicap.

« La participation (aux JOP) est l’objectif de toute une carrière. »

En 2021, après un début de saison mouvementé, Angélina Lanza est toujours dans la course pour participer aux Jeux paralympiques, qui auront lieu à Tokyo du 24 août au 5 septembre, dans la foulée des Jeux olympiques. Classée sixième mondiale à la longueur, elle doit impérativement conserver ce rang pour pouvoir s’envoler pour le Japon. Et espérer obtenir la médaille qui lui avait échappé à Rio en 2016, lorsqu’elle avait terminé au pied du podium à la longueur. « Les Jeux sont le rêve de tout·e athlète », raconte-t-elle. « La participation est l’objectif de toute une carrière. Je me souviens à quel point c’était incroyable à Rio il y a cinq ans. J’y ai vécu des moments forts et j’en retire aujourd’hui une grande fierté. » À charge de revanche ?

Propos recueillis pas Benoit Pelegrin.

Cet article s’inscrit dans le cadre d’un cycle de sept portraits de championnes membres du dispositif SNCF, qui permet à une trentaine d’athlètes de mener de front leur carrière sportive et professionnelle au sein du groupe ferroviaire français. L’opération se fait en collaboration avec Analog Sport, qui se présente comme la première association d’éducation et d’insertion à travers la photographie argentique et le sport. La semaine prochaine, Sarah-Léonie Cysique (judo).

 

Benoit Pelegrin
06.04.2021
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