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Violences sexuelles : ces lanceurs d’alertes non écoutés

La Rédaction
05.02.2020

L’actualité agitée autour des violences sexuelles dans le sport nous renvoie aux démarches engagées pour faire évoluer des systèmes qui ont montré leurs limites et leurs perversités. Les victimes s’expriment et libèrent la parole, mais sortent également du silence ces lanceurs d’alerte : ceux et celles qui depuis un certain temps déjà attiraient l’attention, dénonçaient sans être entendus voir même jusqu’à être blacklistés. 

En avril 2018, Agnès Fanjaud alors administratrice de la Fédération Française de Triathlon, faisait partie de ces « lanceurs d’alertes ». Elle raconte : « Compte tenu de l’actualité à ce moment-là,  je me suis tournée vers la présidence de la FFTRI pour lui proposer d’être précurseure en matière de lutte contre les violences sexuelles. Être une jeune fédération devait permettre d’être moteur sur un sujet aussi sensible. Des plaintes émergeaient déjà dans d’autres fédérations. Il me paraissait important de proposer au sein de la nôtre une action de prévention, et de suivi le cas échéant, sans attendre. » 

En effet, en décembre 2017, la sociologue du sport Catherine Louveau avait co-signé une tribune pour rappeler que « les agressions sexuelles existent aussi dans le sport » et pour dénoncer un déni des autorités. Elle a créé le collectif NOVISS, pour accueillir la parole des victimes de violences sexuelles dans le sport. Alors que des plaintes contre deux entraîneurs d’athlétisme français, l’un était accusé de viol, l’autre d’agressions sexuelles. 

Les fédérations sont-elles pourtant disposées à s’adapter et à réagir à ces situations? Agnès Fanjaud continue « La FFTRI dispose de plusieurs médecins qui peuvent être référents et interlocuteurs à ce sujet. A l’époque j’avais alors contacté Anne-Sophie Wurtz, médecin fédérale, qui m’avait répondu favorablement. De même que Jean-Jacques Gauthier, ancien athlète de haut niveau et dirigeant de ligue sportive. » 

En bref rappel, le 22 février 2008 le ministère chargé des sports et le CNOSF, ont signé une Charte relative à la prévention des violences sexuelles dans le sport. Les présidents de toutes les fédérations sportives ont signé cette Charte de bonne conduite qui contient des recommandations de base, tels que la non-mixité des vestiaires, l’interdiction de conversations sur les orientations sexuelles ou la séparation des lieux de vie des sportifs et des « encadrants ».

Au final, à la FFTRI, c’est un coup d’épée dans l’eau pour Agnès Fanjaud. « Il n’y a eu aucune disposition de prise. Aucune cellule d’écoute. Cellule qui relèverait du médical. La FFTRI pouvait être précurseure et pourtant la seule réponse que j’ai fini par avoir suite à mon insistance : « Nous examinerons les dispositions éventuelles à prendre en bureau directeur prochainement et tes suggestions notamment celle d’une « cellule d’écoute » » Et c’est pourtant resté à ce jour sans suite. Jusqu’à l’enquête Disclose et la révélation médiatique de cas dans le triathlon…

 

Propos recueillis par Aurélie Bresson 
Copyright photos : Triathlon de Belfort

La Rédaction
05.02.2020