Ana Gros. Copyright : Stéphane Pillaud.
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Reprise de la première division de handball : des incertitudes et de l’envie

Mejdaline Mhiri
04.09.2020

Jeudi 3 septembre, la Ligue Butagaz Energie faisait sa rentrée à la Maison du handball. Joueuses, entraîneurs.ses et président.e.s de club, à l’exception de Besançon, en attente de résultats de tests Covid, étaient réunis à Créteil pour répondre à la presse. Les conséquences et la gestion de la crise sanitaire étaient de toutes les discussions. Il est désormais acté qu’un match sera reporté si au moins trois joueuses sont positives au coronavirus. En deçà, les sportives seront écartées du groupe pour se soigner tandis que les rencontres seront disputées. Ce qui pourrait permettre au championnat de se dérouler plus ou moins normalement. Mais de l’aveux de toutes et tous « on travaille beaucoup mais l’on ne sait pas vraiment où l’on va. »

Dans ce contexte, les équipes stables, avec peu de changements à l’intersaison, parviendront peut-être à tirer leur épingle du jeu, surtout en début d’exercice. Quelle sera la réaction du public qui participe à enflammer une rencontre ? Quel impact aura la baisse de la billetterie et potentiellement du partenariat pour les clubs ?

Unique certitude, le changement de formule de cette première division qui recommencera mercredi 9 septembre après s’être arrêtée le 6 mars et seulement 19 journées. Quatorze équipes, contre douze auparavant, se disputeront le titre sur une saison régulière. Le système de playoffs est abandonné. A l’issue des 26 journées, un seul collectif descendra à l’échelon inférieur. La chaîne gratuite Sport en France retransmettra au moins vingt matchs avec davantage de reportage sur les coulisses de la Ligue Butagaz Energie. Sur le banc, trois femmes officieront comme coachs principales standis que quatre autres seront adjointes. Quatre dirigeantes président les clubs de Toulon, Mérignac, Saint-Amand et Fleury.

Les Brestoises parviendront-elles à ravir définitivement le trône aux Messines ? Le projet nantais sera-t-il salué de réussite ? Le recrutement de Mérignac leur permettra-t-il de faire meilleure figure ? Les Sportives a questionné chacun des protagonistes de la saison 2020-2021. Morceaux choisis.

 

Saint-Amand HB - Charlotte Aleksandrowicz (responsable de la communication), Marion Malina (capitaine), Sophie Palisse (présidente), Florence Sauval (entraîneuse), Manon Le Bihan (responsable commerciale). Les Amandinoises continuent de faire grandir leur club

Saint-Amand HB – de gauche à droite – Charlotte Aleksandrowicz (responsable de la communication), Marion Malina (capitaine), Sophie Palisse (présidente), Florence Sauval (entraîneuse), Manon Le Bihan (responsable commerciale). Les Amandinoises continuent de faire grandir leur club.

 

Besançon (classement au 6 mars : 7ème avec 38 points / 4 arrivées et 6 départs)

Coach Tervel l’a dit, cette saison sera sa dernière sur le banc de son club de coeur où elle aura passé 16 ans (dix en tant que joueuse et six à la tête de l’équipe première). Quelles seront les conséquences de cette annonce sur un groupe qui s’est rajeuni à l’été ? Plusieurs cadres sont parties (Dupuis, Kolczynski, Lévêque) tandis que trois jeunes issues du centre de formation ont été promues pour une seule recrue plus capée, l’internationale polonaise Aneta Labuda (aillière droite). Cela sera-t-il suffisant pour éviter de regarder vers le bas du classement ?

Raphaëlle Tervel (entraîneuse) : « Avec Sandrine (Mariot, son adjointe), on a la sensation d’être arrivée à la fin d’un cycle, d’avoir tout donné. Nous avons l’objectif cette saison de finir à une place nous permettant de jouer une coupe d’Europe. J’ai pris le club en D2 et on essaiera d’atteindre cet objectif en partant. Pour l’avoir vécu en tant que joueuse, quand on sait que c’est sa dernière saison, on savoure chaque instant. »

 

Bourg-de-Péage (9ème avec 33 points / 5 arrivées et 7 départs)

Cet été, le club de la Drôme s’est fait remarquer sur le marché des transferts. En signant des internationales à l’impressionnant CV (l’Espagnole Mangué et la Brésilienne Do Nascimento), en faisant rentrer au bercail Claudine Mendy, en Hongrie depuis 2016, le BDP a frappé fort. Du passé, Bourg-de-Péage a également fait table rase en se séparent de sept joueuses. Sur le papier, les protégées de Camille Comte semblent avoir les armes pour grimper au classement.

Camille Comte (entraîneur) : « Nous avons fait un recrutement qualitatif et non quantitatif puisque nous avons seulement 11 joueuses pros. Nous sommes dans une dynamique qui s’inscrit sur le long terme avec l’objectif de jouer une coupe d’Europe en 2023-2024. D’ici là, tout notre travail va dans ce sens. Cette saison, on veut faire mieux que 9ème, faire grandir les jeunes joueuses et le club. Nous sommes vraiment un club de territoire. On remplissait totalement notre salle la saison dernière. Avec la distanciation, on va devoir refuser encore davantage de monde. On est en train de réfléchir sur l’accueil du public à un espace bodega avec un écran géant au gymnase pour retransmettre les matchs. »

 

Brest (1er ex-aequo avec 51 points / 4 arrivées et 4 départs)

Avec un recrutement minimal, le BBH a misé sur la stabilité d’un groupe déjà pétri de talents. Tout en s’attachant les services de Jaukovic, la Monténégrine au puissant bras droit que tous les amoureux de handball sont impatients d’admirer sur un terrain. Les Brestoises pourraient-elles faire encore mieux que la saison précédente ? A savoir rejoindre le dernier carré de la Ligue des Champions et définitivement s’installer sur la première place du podium.

Coralie Lassource (capitaine) : « On espère faire encore mieux, oui. Cela va être plus dur car il y avait un effet de surprise la saison dernière. Cette fois-ci, nous sommes attendues. Nos adversaires vont davantage nous analyser. Djurdjina (Jaukovic) va nous apporter une puissance que l’on n’avait pas. Il y a forcément un peu de lassitude avec cette longue prépa’ mais surtout, on a faim ! On a été coupée dans notre superbe saison et on hâte que le championnat recommence. Entre nous, on s’est dit qu’il fallait faire attention à propos du virus. On est toutes responsables et si une dérape, ça ne va pas le faire. »

 

Chambray (11ème avec 29 points / 4 arrivées et 5 départs)

Sur l’exercice 2019-2020, les handballeuses d’Indre-et-Loire avaient vécu une saison douloureuse en ne s’imposant qu’à cinq reprises en dix-neuf rencontres. L’arrivée de la prolifique Jannela Blonbou sera salvatrice mais évidemment pas suffisante. Durant l’été, les dirigeants ont convaincu la demi-centre brésilienne Ana Paula Rodrigues de prolonger au CTH afin d’étoffer leur base arrière et leurs atouts offensifs.

Jérôme Delarue (entraîneur) : « Comme pour tout le monde, la prépa’ a été une prise de tête. Mais dans l’ensemble, je suis content de la manière dont cela s’est passé. On a réussi à s’entraîner comme prévu. On est plus ou moins prêts, on n’a pas de certitudes. On a besoin de se rassurer par rapport à la saison dernière. On veut être bien sur le terrain, enchaîner les bonnes prestations et être à minima dans la première partie de tableau. »

 

Dijon (8ème avec 36 points / 10 arrivées et 8 départs)

Avec le Covid, l’équipe de Christophe Mazel est l’une des grandes inconnues de ce championnat 2020-2021. Avec huit départs, dont des figures importantes de l’équipe comme Moretto ou la troisième meilleure buteuse du championnat Kpodar, le visage de la JDA change du tout au tout. La saison dernière, la base arrière manquait de rotation. Les jeunes et prometteuses Vautier et Di Rocco parviendront-elles, avec leur coéquipières plus expérimentées, à faire passer un cap au collectif dijonnais ? 

Joanna Lathoud (capitaine) : « Notre reconstruction est totale donc il est difficile de nous juger pour l’instant. Il faut former un collectif et il nous reste du travail. Nous avions un groupe très unis avec les anciennes et ça m’a fait bizarre de ne plus connaître personne à la reprise ! Mais c’est bien de jouer avec d’autres filles. Les jeunes sont encore timides mais on est très heureuses de les avoir. Notre base arrière ne grossit pas en terme de nombre donc sur les rotations on sera vite handicapés s’il y a des blessures ou des cas de Covid. »

 

Fleury (3ème avec 43 points / 6 arrivées et 8 départs )

On ne change pas une équipe qui gagne. Ou presque. L’effectif des Panthères a été modifié à la marge à l’intersaison tant cette troisième place a démontré sa force. Mais les coéquipières d’Alexandra Lacrabère ont tout de même perdu leur meilleure buteuse et seconde meilleure artilleuse de la division, De Paula partie pour Nantes. Les Loirétaines s’installeront-elles comme l’une des grosses écuries du championnat ou bien était-ce juste un feu de paille ?

Christophe CASSAN (entraîneur) : Nous sommes en perpétuelle adaptation en ce moment. Les joueuses sont courageuses dans la difficulté. Il y a besoin d’être solidaire dans le travail. Les profils sont différents cette saison. Notre jeu est plus en phase avec le rythme du championnat. On sera plus rugueux, plus disciplinés. En jouant tous les trois jours, il faudra cela. On s’appuie sur un club structuré, tout le monde est en ordre de marche. »

 

Mérignac (12ème avec 19 points / 12 arrivées et 12 départs)

Les Girondines ont porté leur croix la saison dernière. Pas une seule victoire engrangée durant dix-neuf matchs. C’est long et on imagine le capital confiance proche de zéro. Mais le club est parvenu à enrôler des handballeuses habituées aux joutes de la première division. Le talent de Julie Dazet, tout juste arrivée et promue capitaine, ou de Léna Le Borgne sera-t-il suffisant pour que Mérignac ne soit plus le souffre-douleur de la division ?

Julie Dazet (capitaine) : Le groupe s’est renforcé et a un gros potentiel. On a en tête la manière dont l’équipe a été sauvée la saison dernière. On a toutes envie de montrer un autre visage. Il y a une super ambiance entre nous et tout le monde travaille avec les mêmes objectifs. On se dit les choses. Je suis quelqu’un d’optimiste donc je ne me prononcerais pas sur des concurrents spécifiques. On va prendre les matchs les uns après les autres et faire au mieux. »

 

Grace Saadi Copyright Paillaud

Grâce Zaadi. Copyright : Stéphane Pillaud.

Metz (1er ex-aequo avec 51 points / 8 arrivées et 9 départs)

Depuis toujours, le Metz Handball est un mastodonte du championnat français, 23 fois sacrés (!).  Mais une petite révolution a eu lieu cet été avec le départ de Glauser, Smits, Flippes, Maubon et enfin Zaadi, l’une des toutes meilleures joueuses du monde à son poste. Le club lorrain pourra-t-il performer rapidement ? Un sacré duo de gardiennes est annoncé avec la paire Kapitanovic-Sako. Et on le sait, au handball, avec une grosse défense et de bonnes gardiennes, on peut gravir des montagnes et atteindre les sommets…

Emmanuel Mayonnade (entraîneur) : Nos jeunes formées au club sont prêtes à prendre la relève. Méline (Nocandy) est à Metz depuis longtemps, a joué avec Grâce. Méline est prête et nous avons  également recruté une étrangère à ce poste. La jauge nous permet d’accueillir 5000 personnes aux arènes mais combien vous vouloir venir ? Il y a une vraie crainte. Nous avons eu un cas de Covid il y a trois semaines. Les joueuses venaient seules à la salle, s’entraînaient avec leur propre ballon, sans tir, sans passe durant 45 minutes. Cinq de nos matchs amicaux ont été annulés. La création d’une dynamique collective en a forcément pâti. Mais on ne va pas se plaindre éternellement, il faudra tâcher de ne pas en souffrir trop longtemps. »

 

Nantes (4ème avec 43 points / 6 arrivées et 4 départs)

La base arrière nantaise est sans conteste séduisante. En signant De Paula et Kpodar, le NAHB s’est attiré les services de la deuxième et troisième meilleure buteuse de la saison dernière. Le jeune duo de coachs Saurina-Lanfranchi, à la longue carrière de handballeurs mais encore relativement novice sur le banc, devra de suite faire performer cette équipe dont tout le monde attend des prouesses.

Guillaume Saurina (entraîneur) : « On a recruté des joueuses talentueuses mais aussi de belles personnes pour composer un groupe solidaire. Le jour où ce sera difficile sur le terrain, on aura besoin de ça pour s’en sortir. J’ai été l’adjoint de quelqu’un d’exceptionnel, Allan Heine, qui m’a mis en confiance. Il m’a aidé dans le recrutement des joueuses. Quand j’étais adjoint, il n’y avait pas de réelle hiérarchie entre nous mais une véritable collaboration. On veut continuer sur cette lancée avec Mathieu (Lanfranchi). Ca permet aussi d’avoir moins de pression. »

 

Nice (6ème avec 39 points / 3 arrivées et 4 départs)

La saison dernière, les Niçoises s’étaient montrées régulières, promptes à réaliser des coups  comme lors du succès arraché contre Brest, jusqu’à accrocher une belle sixième place. Peu remodelé à l’intersaison, enrichi notamment par l’arrivée de Barbara Moretto, le collectif sudiste cherchera à faire au moins aussi bien.

Marjan Kolev (entraîneur) : Notre préparation s’est très bien passée, sans cas de Covid, ni blessure. Notre début de championnat contre Metz va tout de suite être l’occasion de nous mobiliser. La concurrence est de plus en plus forte mais on a des qualités. On espère faire une saison complète pour terminer vers le haut du tableau. On reste modestes mais on ne sera pas très agréables à jouer (sourire). Je vois aussi cette saison comme le handball contre le coronavirus. Il y a des dangers sanitaires, économiques. On garde le moral et on gagnera tous ensemble. »

 

Paris (5ème avec 42 points / 6 arrivées et 9 départs)

Cette saison, Paris 92 a clairement fait le choix de la jeunesse et potentiellement de la vitesse. Former des jeunes et en faire des pépites, Yacine Messaoudi a prouvé qu’il savait y faire lorsqu’il s’occupait du centre de formation messin. L’expérience de Catherine Gabriel et Laura Flippes complète le tableau. Et si Paris 92 était la révélation de la saison à venir ?

Jean-Marie Sifre (président) : « Il y a un an, Yacine était arrivé au dernier moment chez nous. Cette fois-ci il a pu construire l’équipe qu’il voulait. On a beaucoup d’espoirs dans ce groupe avec des filles que l’on a toutes fait signer pour deux ans. Notre ambition est de gagner un maximum de matchs pour terminer sur le podium. Aujourd’hui, il est dur de renouveler ou conquérir des partenaires sans savoir à quel point notre championnat pourra se dérouler correctement. »

 

Angélique Spincer ancienne internationale a rejoint le promu Plan-de-Cuques sur le banc au printemps. C’est la première femme ultramarine à entraîner une équipe pro de handball.

Plan-de-Cuques (Promu / 6 arrivées et 4 départs)

De retour en première division, le club marseillais a enchainé les déboires. Notamment sur sa préparation puisque l’ensemble de ses matchs amicaux s’est progressivement annulé à cause du Covid. Sans avoir pu se tester, sans mauvais jeu de mots, il est bien difficile de savoir si les Bucco– Rhodaniennes pourront regarder leurs adversaires dans les yeux. Nouvelle arrivée, Angélique Spincer s’installe sur le banc d’une équipe soudée.

Angélique Spincer (entraîneuse) : « On a joué de malchance sur notre préparation. On ne va pas se mentir, on sera un peu à la bourre pour le début du championnat. Je n’arrive pas pour l’instant à me projeter sur l’ensemble de la saison. J’apprends encore à connaître mes joueuses. Nous avons conservé un noyau dur ce qui peut nous aider. Je compte sur le vécu qu’elles partagent. Si on n’est pas prêtes au début, on doit tout de même répondre présentes dans le combat. »

 

Saint-Amand-les-Eaux (Promu / 8 arrivées et 8 départs)

Pensionnaire de la LBE en 2018-2019, les Nordistes n’avaient pas réussi à exister dans le championnat. Mais la structure travaille dure pour se professionnaliser et grandir. Un véritable renouvellement a été effectué cet été avec l’objectif de parvenir, cette fois-ci, à se maintenir.

Florence Sauval (entraîneuse) : « Nous nous sommes servies de cette précédente saison compliquée et longue pour apprendre. Même s’il faut reconnaître que lorsqu’on est un petit club sans moyens il est difficile de rivaliser. Mais avec cette nouvelle formule sans playoffs, il n’y a plus d’épée de Damoclès. On ne va rien calculer et chercher à pérenniser notre projet au plus haut niveau. Il faudra être intraitable à domicile. »

 

Toulon Saint-Cyr (10ème avec 32 points / 9 arrivées et 8 départs)

Cette saison sera la première pour l’ancien international français, Laurent Puigségur, sur un banc de première division féminine. Pour réussir, il devra rapidement constituer un collectif qui a vu l’une de ses joueuses emblématiques, Laurène Catani, rejoindre la Bretagne. Le TSV a également enregistré les départs de Dembélé, Serdarevic et l’arrêt de Landre. A quoi ressemblera la nouvelle version de Toulon Saint-Cyr ?

Laurent Puigségur (entraîneur) : « Pour l’instant, nous avons pu nous entraîner normalement ou presque. Les filles n’ont pas joué de match officiel depuis six mois, tous nos matchs amicaux étaient à huis clos et on récupère juste les vestiaires, indisponibles depuis deux mois. Notre ambition est d’être dans la première moitié de tableau. Je viens d’arriver et il faut remettre en place tout un projet de jeu. Cela prend du temps. On est encore loin, on le sait. »

 

Copyright photos : Stéphane Pillaud.

Mejdaline Mhiri
04.09.2020
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