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Coronavirus : le système D des profs d’EPS

Assia Hamdi
25.03.2020

Suite au confinement imposé par l’épidémie de coronavirus, les professeurs d’EPS font preuve d’originalité pour que les élèves continuent de bouger à la maison.

Depuis une semaine et la fermeture des écoles, les enseignants d’éducation physique et sportive regorgent d’idées pour poursuivre les cours à distance, entre challenges, renforcement, activités ludiques et culture sportive. Laura Raballand est prof d’EPS au collège de Saint-Michel à Loué, dans la Sarthe. « Je propose à mes sixièmes et mes cinquièmes des exercices de gainage et de cardio à réaliser deux fois par semaine ». Mais sans aucun matériel et sans charge, « pour éviter qu’ils se fassent mal ». Suite aux préconisations de son académie, l’enseignante doit veiller à ce que les élèves continuent de respecter quelques règles de base : bien s’échauffer, bien s’hydrater, bien s’étirer.

 

La sécurité est aussi une préoccupation de Philippe Dheu, enseignant d’EPS à Aulnay-sous-Bois, en Seine Saint-Denis. Pour éviter les accidents, l’enseignant incite ses élèves « à reprendre des exercices déjà faits en cours », et qu’ils maîtrisent déjà. « Ca peut être un petit échauffement classique, trottiner un peu, faire des montées de genoux, des talons fesses. Bref, qu’ils bougent un peu chaque jour au moins. » Face à la difficulté de faire pratiquer ses élèves sans pouvoir les surveiller, l’enseignant a ainsi imaginé des alternatives. « Certains vont devoir me choisir un sport et me faire un exposé. Je leur ai envoyé une liste de films sur l’inclusion et de l’égalité. Invictus, Battle of the sexes, Billy Elliott, Million Dollar Baby… » De son côté, Brenda Di Crescenzo, professeur agrégée à Clichy sous Bois, a construit une vidéo sur les procédés en danseet a imaginé un challenge « Hunger Games ».

« Si je les oblige, ils vont le bâcler. »

L’important, pour Philippe Dheu, est de ne pas imposer les activités aux élèves. « Si je les oblige, ils vont le bâcler. » Laura Raballand passe par la case « défis » et transforme l’exercice en jeu pour motiver. « Ca leur permet par exemple de défier leurs parents ! » Brenda Di Crescenzoa envoyé à ses élèves un tutoriel pour fabriquer des balles de jonglage et apprendre à les manipuler. 

Reste que cette période est difficile à gérer pour les enseignants d’EPS. « La moitié des sixièmes de Brenda Di Crescenzo n’ont pas d’ordi ». Laura Raballand constate que les siens ont « du mal avec la plateforme Scolinfo, qui plante parfois ». Sans oublier Pronote ou les élèves qui ne peuvent faire les activités parce qu’il faut se partager l’ordinateur entre toute la famille. Pour faire face au défi du confinement, les profs d’EPS continuent de s’entraider sur les réseaux, à l’image du groupe Facebook d’entraide EPS Mania et de l’association Tablettes et Survêtements. Créée à la fin de l’année 2016, par deux enseignants, Matthieu Dejean et Julien Tixier, cette plateforme propose depuis cette semaine une série de bonnes pratiques et quelques scénarios concrets. « On a voulu aider les collègues un peu perdus ou pris de court », raconte Matthieu Déjean. Au menu : des sites internet, des outils pour créer ses propres ressources, poursuivre le travail des élèves.. mais aussi des exemples de séquences théoriques, sur un geste au handball, sur l’acrosport… Diffusées via les réseaux sociaux, les propositions ont eu du succès. « D’après les retours, les profs semblent y trouver leur compte. Et c’est vraiment le principal. »

Propos recueillis par Assia Hamdi

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Assia Hamdi
25.03.2020
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