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« Championne, sa mère », un documentaire fort sur la maternité des sportives

Assia Hamdi
10.09.2020

Samedi 12 septembre, Canal Plus diffuse en clair « Championne, sa mère », un documentaire exceptionnel de 30 minutes sur la maternité et les sportives de haut-niveau. Un projet de longue date, mené par Laurie Delhostal, dans le cadre de la quatrième saison de l’émission Sport Reporter. La journaliste raconte aux Sportives les coulisses de sa démarche.

 

Laurie, comment s’est faite la sélection des championnes qui interviennent dans le documentaire ?

Laurie Delhostal : J’ai voulu me concentrer sur la grossesse et la maternité chez les sportives aujourd’hui, en France. J’ai d’abord eu des exemples qu’on connait comme Mélina Robert-Michon, Sarah Ourahmoune…et les autres, ca s’est fait petit à petit. La seule qui n’était pas du tout là au départ, dans le documentaire, c’était Siraba Dembelé, qui visait encore les Jeux Olympiques. Avec ma cadreuse, Ikram Kchikech, on est arrivés à Toulon la veille de sa reprise, début mars, pour filmer son premier match de retour de grossesse. Il y avait entraînement, j’entends des petits bruits de chat et je vois une poussette au loin. Un de ses jumeaux pleure. En réalité, l’entraînement a changé d’horaire et Siraba n’avait personne pour garder ses enfants. On a improvisé, ça donne ces images où elle change dans les vestiaires la couche de son gamin qui pleure. Et puis, elle retourne sur le terrain. On était scotchées, émues… Ce n’était pas prévu, mais on a eu quelque chose de super.

 

Valérie Nicolas livre un témoignage poignant. Comment l’avez-vous convaincue à parler de son histoire personnelle ?

Au départ, elle tournait la page et elle n’avait pas forcément envie de se replonger la dedans. Et puis, elle a réfléchi. Elle m’a rappelé longtemps après et début janvier, on est allées tourner chez elle. On a discuté de tout et de rien. Et puis, on est allés s’asseoir au bord de la mer. Il y avait beaucoup de vent sur cette plage, mais c’était absolument incroyable, ca collait bien à son discours. Pour Sylvie Sizaire, ma monteuse, et moi, c’était hyper émouvant de revoir ce passage.

 

Estelle Mossely est allée voir un gynécologue « classique », qui lui a dit « arrêtez le sport ! ». Qu’on puisse encore dire à une athlète d’arrêter le sport, c’est ahurissant.

 

Sarah Ourahmoune parle du manque de soutien de sa fédération. Et en même temps, vous interrogez la gynécologue de l’INSEP, Carole Maître. Est-ce que les institutions progressent sur la question de la maternité des athlètes ?

Roxana Maracineanu interviendra sur le plateau sur le sujet. Mais effectivement, Carole Maître est le médecin et la gynécologue spécialisée dans les sportifs de haut-niveau. Elle travaille encore sur la maternité et est censée commencer à former d’autres médecins. Estelle Mossely est allée voir un gynécologue « classique », qui lui a dit « arrêtez le sport ! ». Qu’on puisse encore dire à une athlète d’arrêter le sport, c’est ahurissant.

 

A part pour Siraba Dembelé, on ne voit pas le deuxième parent, le père, dans le documentaire. Est-ce que c’était volontaire ?

Les papas sont toujours un peu dans les parages lors du tournage. Ca a été le cas quand on filmait Sarah Ourahmoune, Mélina Robert-Michon, et oui, on voit le compagnon de Siraba Dembélé à l’image. Mais on souhaitait raconter l’histoire àtraversles yeux de ces femmes. Leur compagnon les aide, mais lors de la maternité, c’est la carrière de ces femmes qui est impactée.

 

Dans le reportage, vous faites un focus sur le football. Est-ce un cas particulier sur cette question ?

Quand je préparais le documentaire, on se demandait avec Jessica Houara d’Hommeaux si une footballeuse professionnelle avait déjà eu un enfant en carrière, mais aucun nom ne nous est venu. Ce n’est pas un hasard. Ca ne peut pas juste être un manque d’envie. Dans le foot, la pratique professionnelle féminine reste un peu jeune, comparé auhand, par exemple. Et puis, Eugénie Le Sommer dit « déjà qu’on joue au foot, on ne va pas se mettre à faire un enfant ». Ca nous semblait important, de faire ce focus.

 

Propos recueillis par Assia Hamdi 

Assia Hamdi
10.09.2020
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