Chroniques des ambassadrices

Et si le cycle menstruel était un super pouvoir ?

Melvine Deba
03.02.2021

Et si l’empouvoirement[1]des femmes passait par une meilleure connaissance d’elles-mêmes ? Et si tu pouvais mieux performer au quotidien, dans ton sport, au travail, grâce à toi-même ? Pour mettre un terme aux préjugés dévalorisant le cycle menstruel, impulser des changements reposant sur nos besoins et orienter les personnes qui nous accompagnent, n’est-il pas pertinent de mieux nous connaître ?

On nous raconte souvent que le cycle menstruel sert à préparer le futur nid de bébé, qu’il est inutile le reste du temps. Certaines le vivent comme un véritable handicap, d’autres pensent qu’il est la ruine du sexe féminin… Mais je crois que l’on a oublié de nous dire qu’il est un super pouvoir de connaissance de notre propre corps.

Pour imager les 4 phases du cycle menstruel – et donc de ton super pouvoir – nous allons le comparer aux 4 saisons. 

Phase 1 : L’hiver

Si nos règles étaient une saison, alors elles seraient l’hiver. En hiver, on a tendance à rester bien au chaud sous nos couettes, notre énergie baisse par manque de lumière et de vitamine D, mais on en profite pour organiser nos vacances d’été et compléter notre to-do list sans trop nous agiter. Pour beaucoup d’espèces, le temps s’arrête. Elles hibernent pour faire le plein pour la saison nouvelle. Et bien pendant nos règles, nos hormones sont au plus bas (contrairement aux idées reçues) : notre énergie peut avoir tendance à baisser et le repli sur soi serait de mise ! Refusons l’idée selon laquelle, « pendant nos règles, nous serions plus chiantes »… C’est faux, on est trop fatiguées pour ça (en tous cas, cela vaut pour moi) ! Mais attention, cela ne veut pas dire que tu dois hiberner 3, 4 ou 5 jours durant (voire plus), et ce tous les mois – de toute manière notre société ne le permet pas. Les règles ne sont pas une excuse pour ne pas performer dans la vie de tous les jours, au contraire. Si tu ressens cette baisse d’énergie et que tu joues un match hyper important dans deux jours ou que tu passes un examen de fin d’étude, alors tu pourras décliner les invitations à aller boire un coup avec l’équipe ou tes ami·e·s et conserver cette énergie pour ce qui compte vraiment à cet instant ! Tu peux aussi aller boire ce verre. Mais sache alors que tu fonctionneras à contre-phase et qu’il faudra te reposer à un moment donné pour ne pas « exploser » de fatigue plus tard…    

Phase 2 : Le printemps

La phase 2, dite folliculaire, est comme le printemps. Les feuilles des arbres (re)poussent tout doucement, la température se réchauffe, l’énergie et les hormones remontent, la vie reprend son cours ! L’excitation liée à ce nouveau souffle peut s’accompagner de dispersion. Tu te sentiras certainement plus en forme et tu auras peut-être envie de rattraper ton retard dans tes rendus, t’entraîner encore plus fort. Pour éviter que ton énergie ne s’échappe dans tous les sens, pense à reprendre ta to-do list ! Tu sais, celle que tu écrivais sous ta couette avec ta bouillotte pendant tes règles ? 

Phase 3 : L’été

La phase 3, tu l’auras deviné, est comme l’été ! D’un point de vue cyclique, elle correspond à l’ovulation. En termes d’énergie tu peux atteindre des pics concernant ta performance quelle qu’elle soit (un match, un examen, un oral…) ! C’est aussi une période où tu peux avoir l’impression d’être plus ouverte aux autres, particulièrement attentive à leurs besoins. Ce qui semble assez normal puisqu’à l’ovulation ton corps se prépare pour se reproduire. Mais pense toujours à t’écouter et à ressentir ce qui se joue en toi ! Car, c’est parfois lorsque l’on va très bien que l’on oublie de signaler une petite gêne à son préparateur physique, pour ne pas lui déplaire par exemple.

Phase 4 : l’automne

Enfin, la phase 4, dite lutéale, serait comme l’automne. Une fois que ton énergie a atteint son apogée, que les feuilles ont été vertes et les jours longs comme un jour sans fin, la fête se termine et l’énergie chute. Imagine-toi nostalgique de l’été et de ses soirées dansantes en bord de mer, imagine-toi passer du maillot de bain à la doudoune (une image, pour ne pas dire ce qui se joue au niveau hormonal : une rechute que je n’expliquerai pas ici). Tu peux être d’humeur bougonne, irritable et critique vis-à-vis des autres et de toi-même, de ton travail et de tes performances. Donc, pour rectifier le cliché, ce serait plutôt avant nos règles (et donc avant l’hiver pour reprendre ma métaphore) que l’on serait plus chiante.

En phase 4, tu auras peut-être tendance à plus facilement critiquer tes performances alors qu’elles ne sont pas moins bonnes que tes performances de la phase précédente. Mais cet esprit critique peut aussi t’aider à améliorer ce qui doit l’être ! Il est un allié précieux.

Finalement, en étant capable d’identifier la phase dans laquelle tu te trouves, tu peux analyser en pleine conscience et avec expertise tes besoins. J’ai par exemple appris à décliner une invitation, à adoucir mes propres remarques sur mon travail ou celui des autres, j’ai charbonné dans des moments charnières en étant fatiguée puis pris une journée de repos au bon moment.

Nota bene : le cycle menstruel n’est que ce qu’il est. Il ne s’agit pas de sur évaluer son rôle dans la vie des hommes et des femmes mais de lui redorer le blason. Et oui, j’ai oublié de mentionner que certains hommes cisgenres vivent un équivalent du cycle menstruel appelé « syndrome du mâle irritable ».

Pour aller plus loin : 

On peut donc dire que les règles ne sont pas le cycle menstruel. En fait, elles ne sont que la phase la plus visible, sur quatre. Et d’ailleurs, avoir mal pendant ses règles n’est pas normal ! C’est pathologique, il s’agit d’une chose à soigner. Tu connais d’autres douleurs pour lesquelles l’on se contenterait d’un simple « c’est normal » sans plus de préoccupations, toi ? Et bien moi non. Je crois que notre corps est notre meilleur allié et qu’une douleur est un signal d’alerte. Alors je t’invite vivement à changer de praticien·ne si il ou elle te profère ce type de diagnostic. Nous devrions quasiment ne pas avoir mal. Évidemment, tu peux ressentir des petites gênes sans qu’elles ne relèvent de la pathologie grave du type endométriose[2]. Mais, on peut les expliquer (et, les calmer avec une bouillotte bien chaude et des compléments alimentaires par exemple. D’ailleurs, si vous en avez, je suis preneuse de vos autres méthodes). Une explication peut être que pendant nos règles nous nous vidons, ce qui peut conduire à la perte de minéraux ainsi que de vitamines. Pour pallier à ces carences, tu peux te tourner vers des nutritionnistes ou naturopathes sensibilisé·e·s à cette question et qui t’en diront bien plus long que moi ! 

À ce propos, je te conseille l’ouvrage de Gaëlle Baldassari, Kiffe ton cycle, pour aller encore plus loin, prendre la pleine possession de ton pouvoir, comprendre et observer ton jeu hormonal intérieur. Tu peux aussi aller consulter son site internet : kiffetoncycle.fr et écouter notre conversation dans l’épisode 12 de Handpapers.

Bien évidemment, mon histoire n’est qu’images et grandes lignes, il ne te reste plus qu’à t’observer ! Car chacun·e de nous est unique et nos particularités se reflèteront forcément dans la manière de vivre ce cycle. Le mode de vie, la contraception, le rapport au stress, nos émotions récurrentes : tout à son importance.

Connaissons-nous nous-mêmes, soyons des expert·e·s de nos corps.

Une chronique de Melvine Deba.

Les illustrations ont été réalisées par Melvine Deba. 

Crédit photographique : Cedosa



[1]Mot traduit du terme anglais « empowerment » qui tire ses racines de différentes luttes sociales ayant pour but de mettre un terme aux inégalités et à l’exclusion. On peut traduire ce terme par : « prendre le pouvoir ».

[2] À ce sujet tu peux lire le témoignage de Camille Moncarnel sur Instagram, créatrice de la page « Jemenbatsleclito ».

Melvine Deba
03.02.2021
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